Enfin !

Capture d'écran 2014-10-09 11.27.42(BRUXELLES2) Nos lecteurs attentifs auront pu entrevoir, depuis le début de semaine sur le site de B2, une horloge égrener les jours, heures et minutes… (1) Ce délai nous sépare du départ de Catherine Ashton (et aussi de José-Manuel Barroso). Dire que nous regretterons la Baroness serait un mensonge. Ce n’est pas qu’elle était antipathique a priori. A titre personnel, les rares fois où j’ai eu l’occasion de la croiser, la courtoisie était de règle. Et la Britannique n’a pas tout raté contrairement à ce que certains diraient. Mais elle a gâché beaucoup de volontés et d’énergies. Elle a fait perdre à l’Europe un temps précieux à un moment clé où elle est confrontée à maints défis à ses frontières. Que d’occasions manquées ! En ce sens, elle n’a pas démérité de la vision du gouvernement Cameron, visant à empêcher tout renforcement de l’Europe.

Absences à répétition

Lady Ashton ne s’est d’ailleurs intéressée que fort peu aux questions de défense et sécurité, boudant à de multiples reprises les ministres de la Défense, ce qui est plutôt indigne de sa fonction de Haut représentant (2). Elle n’a pas non plus vraiment exercé son rôle de vice-présidente de la Commission, laissant en chantier certains problèmes administratifs, financiers, et même de respect des règles du droit de travail, qui ont pourri la vie des chefs de mission de la PSDC.

Des problématiques géographiques oubliées

Elle a ignoré en grande partie la problématique africaine, se concentrant sur quelques zones, à commencer par l’Asie. La crise ukrainienne constituera assurément une des défaites de la diplomatie préventive européenne. En poussant au maximum la volonté d’un partenariat oriental, avec l’Ukraine, en ne disciplinant pas un commissaire jusqu’au boutiste, Stefan Füle, en ne prévoyant pas la réaction russe (assez prévisible pour qui connait un peu le système du Kremlin), elle a contribué à allumer le feu à Kiev…

La voix publique

Enfin, elle n’a eu de cesse que de mépriser et d’ignorer l’indispensable relais que constituent les médias, refusant non seulement les interviews, mais expédiant de manière non professionnelle les conférences de presse. Les interviews qu’elle a donné étaient rares (B2 a eu l’occasion d’en faire une seule, au début de son mandat). Et ce n’est pas faute de l’avoir demandé par la suite. Les conférences de presse étaient tenues au lance-pierres (12-16 mns maximum, avec lecture d’un bout de papier et réponse à trois questions, pas plus). A ma connaissance, elle n’est jamais « descendue » en salle de presse face à un problème « chaud » sur la planète. Et cependant, il y en a eu en cinq années ! Donner de la voix et su sens à la politique européenne requiert de s’exprimer publiquement, de venir l’expliquer, la détailler devant les citoyens. La diplomatie, ce n’est pas seulement les conciliabules secrets et les notes d’ambassade, les réunions ministérielles, c’est aussi l’expression publique. Cette partie (non négligeable) de sa mission a été largement négligée.

Alors nous disons à Lady Ashton… Adieu et surtout ne revenez pas !

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. L’entrée en fonction de la Commission Juncker pourrait être reculée au-delà du 1er novembre, date sur laquelle est calée cette horloge. Il faudra sans doute repousser d’autant le délai restant
  2. Une absence ou deux peut être excusable, une absence quasi-systématique vaudrait l’exclusion dans tout établissement collectif.

Lire quelques articles parus sur la Lady :

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