La NRF c’était bien lent, cette fois on vous le promet ca sera rapide

(BRUXELLES2 à Cardiff) Les pays de l’OTAN vont se doter, lors de leur sommet qui se déroule au Pays de Galles, aujourd’hui et demain (4 et 5 septembre), d’une force de réaction rapide. Il était temps, pourrait-on dire. Depuis 2002, l’OTAN dispose cependant d’une méga force de réaction, la NRF, taillée pour 60.000 hommes. Objectif déclaré : « permettre une réponse militaire rapide à une crise émergente, que ce soit pour des objectifs de défense collective ou pour des opérations de réponse aux crises ». Décidée au sommet de Prague, en 2002, atteignant sa capacité initiale opérationnelle, la NRF a été déclarée opérationnelle en 2006, Mais la NRF est restée souvent au garage et n’a pas vraiment été employée.

Le constat d’un échec

En fait de réaction, c’était un peu lent. Et en fait de force, elle faisait surtout quelques exercices et des actions humanitaires. A l’été 2004, des éléments ont été utilisés pour la protection  des Jeux olympiques, à Athènes. En octobre 2005, des avions de la NRF ont acheminé de l’aide donnée aux États-Unis par les pays membres et les pays partenaires de l’OTAN après le passage de l’ouragan Katrina. Et peu après, jusqu’à février 2006, des éléments de la NRF sont intervenus au secours du Pakistan dans les zones dévastées par le tremblement de terre. C’est gentil. Mais ce n’est pas tout à fait l’objectif de la NRF. En termes d’objectif, cela s’appelle un échec… Afin de garder l’outil, on l’a reconverti dans le cadre de la transformation des armées euro-atlantiques. Elle doit servir « de support pour démontrer l’état de préparation opérationnelle de l’OTAN » et de « banc d’essai pour la transformation de l’Alliance » dit-on à l’Alliance. A voir…

10 ans après un retour à la réalité des conflits

Tirant le constat de la volatilité des crises, l’OTAN va adopter donc au Pays de Galles après le concept de petite force, plus adaptée au terrain et plus petite. Finis les méga déploiements à la bosniaque ou même kosovare, dans les faits, l’important c’est d’être, très vite sur le terrain. Et de façon très opérationnelle. A ce moment-là, 3-4000 hommes peuvent faire la différence. La France l’a démontré au Mali. Le problème que devra éviter l’Alliance c’est de ne pas résoudre les questions auxquelles se heurte les battlegroups de l’Union européenne. Sinon on en restera à un petit coup de pub’ sans lendemain.

Le problème …

C’est que tout le monde est à peu près d’accord pour prendre son tour d’astreinte tant qu’il ne s’agit pas de partir. Mais ensuite, c’est chacun pour soi. Le système est bloqué car il faut décider en commun ce que seulement certains supportent (les coûts de l’envoi de troupes appartiennent aux Etats membres). Ces questions fondamentales ne semblent pas encore réglées, ni du côté de l’UE, ni du côté de l’OTAN. C’est quand ces 2 questions — politiques et financières — seront réglées qu’on saura si on a vraiment une force de réaction rapide. Il est vrai que l’avantage de l’OTAN est d’avoir les Etats-Unis, à qui revient le rôle du grand frère, chargé de faire les gros yeux ou d’élever un peu la voix pour être obéi. A l’Union européenne, au mode de fonctionnement plus égalitaire, ce n’est pas aussi facile.

Un doublon

L’autre problème auquel il va falloir s’attaquer est à quoi sert d’avoir deux forces de réaction rapide. L’une à l’OTAN, l’autre à l’Union européenne. N’y a-t-il pas un peu doublon ? Ou alors ne développe-t-on pas une sorte de répartition géographique, à l’une le territoire européen et l’Est de l’Europe, à l’autre l’extra-européen et l’Afrique en particulier. Personne n’entend clarifier ce point de vue. Mais ce serait sain d’un point de vue, à la fois politique, stratégique mais aussi budgétaire et économique…

(Nicolas Gros-Verheyde-

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).