L’Italie est de retour !

Entre l'Eurofatigue et l'Euroenthousiasme, une différence de style mais aussi de génération entre JM Barroso et M Renzi (© NGV / B2)
Entre l’Eurofatigue et l’Euroenthousiasme, une différence de style mais aussi de génération entre JM Barroso et M Renzi (© NGV / B2)

(BRUXELLES2) Difficile d’y échapper. Matteo Renzi le dit, et le répète, à satiété. L’Italie est de retour. Elle veut toute sa place dans le concert européen. L’Italie entend notamment voir sa ministre des Affaires étrangères Federica Mogherini nommée au poste de Haut représentant. Et Rome n’a de leçon à recevoir de personne … ni à donner. Même si…

Réformes, changement, révolution

« L’Italie a besoin de réformes ». C’est, en effet, le leitmotiv du chef de gouvernement italien. Celui qui n’aurait pas compris doit être un peu dur d’oreille 🙂 De fait, le nouveau gouvernement italien de coalition (centre droit / centre gauche) a entamé une diminution du nombre de niveaux de pouvoir et tente une réduction de sa bureaucratie interne. Les pouvoirs du Sénat vont être réduits. Le célèbre “ping pong” entre les différentes chambres, qui a souvent contribué à l’indécision italienne, devrait être supprimé. « Une révolution » en Italie : c’est l’autre mot-clé de Matteo Renzi. « Je n’appelle pas les Italiens à une réforme, mais à une révolution. Pour retrouver la place en Europe, nous devons changer absolument l’Italie. »

Pas la faute des autres…

Le jeune Président du conseil italien incarne un changement de style au pouvoir dans la péninsule mais aussi en Europe. Ainsi il ne veut accabler personne. « Le problème, ce n’est pas l’Allemagne » ou l’Europe « mais l’Italie ». « Penser que nous pouvons aller à la construction d’une Europe différente contre quelqu’un et surtout contre l’Allemagne est une erreur. Nous devons travailler ensemble » explique-t-on dans son entourage. Pour autant, l’Europe et les autres pays ne peuvent s’abstraire de certaines responsabilités. Matteo Renzi réclame que tous les mots des traités européens soient bien pris en compte et appliqués. Dans « pacte de stabilité et de croissance, il y a stabilité mais aussi aussi croissance. Il n’y a pas croissance sans stabilité mais pas stabilité sans croissance. S’il n’y a pas stabilité, on détruit toutes les possibilités de croissance. »

… Mais pas de leçons à recevoir

Et gare à ceux qui s’aviseraient de donner des conseils, comme le président de la Bundesbank dernièrement. « L’Europe n’appartient pas aux banquiers allemands, aux banquiers italiens mais aux citoyens européens ». La formule est belle, lyrique et permet de remettre un peu chacun à sa place, à moindres frais. Au passage, si cela peut susciter un peu de polémique, il n’est pas mauvais de rappeler que l’Italie est dirigée par un gouvernement de (centre) gauche. Quant à une possible sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, le dirigeant italien n’en ressent pas le besoin et même l’estime négative. « C’est important pour l’Europe d’avoir le Royaume-Uni à l’intérieur ».

Commentaire : La Renzimania, phénomène de mode ?

On peut remarquer que si le dirigeant italien cite souvent l’Allemagne, comme modèle ou antithèse, se sent des points communs avec le Royaume-Uni — sur l’importance du virage numérique, le rôle des parlements nationaux etc. — il a quelque peu oublié de faire référence à son grand voisin, français. François Hollande n’a jamais été cité une fois durant ce séjour à Rome… Un hasard ? Ou plutôt, un habile calcul politique ? Renzi ne veut pas se placer dans le camp des latins contre les anglo-saxons, des “laxistes” contre les “orthodoxes”… Il veut se placer au centre de l’Europe. Même s’il ne le dit à aucun moment, il craint aussi d’être assimilé à l’impression que donne la France, de stationner dans un marais, incapable de se décider, trop lente pour faire certaines réformes et parfois inaudible. Au contraire, Renzi veut incarner le renouveau.

Dans ce discours, il y a une force, une nouveauté qui tranche après des années de crise, de larmoiement. Cette façon d’encourager chacun à retrousser des manches, de voir un avenir pour l’Italie, pour l’Europe, sans accuser les uns et les autres de ses propres tourments, a un côté réjouissant, positif, enthousiasmant. Il faut cependant veiller à ce qui est surtout un assemblage de mots et de conviction personnelle, à une méthode “Coué”, soit rapidement suivie d’effet et de réalités. Sinon la roche tarpéienne est proche du Capitole, en géographie… comme en politique.

(Nicolas Gros-Verheyde, à Rome)

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).