L’embargo (armes, finances) contre la Russie devient inéluctable

(BRUXELLES2) Après le crash du Boeing MH17, tiré par un missile provenant de l’est de l’Ukraine, des mesures plus strictes devront être prises par les Européens à l’encontre de la Russie. Le temps de la tergiversation et l’hésitation ne semble plus possible. Il ne parait plus possible maintenant d’égrener, quelques noms de plus sur une « liste noire » dont les avoirs seront gelés dans l’Union européenne (*). L’embargo sur les armes est désormais sur toutes les lèvres. Il s’agit aussi de viser au coeur, quelques sociétés de l’establishment russe (la société d’exportation d’armes par exemple…).

La suspension de la livraison des Mistral

La France, jusqu’ici réticente pour prendre des mesures sur la livraison de navires Mistral, est concernée au premier chef. La position de Paris de ne considérer ce contrat qu’au moment de la livraison en octobre devient intenable et engendre plus de confusion que nécessaire. Elle ressemble de fait à un feu vert symbolique à Moscou de faire ce qu’il veut en Ukraine. Il faut renverser le principe : le contrat est maintenu (**) mais il s’agit de conditionner de ces navires performants comme de l’échange de technologie qui l’accompagne au respect des principes définis en 4 points demandés, lors du conseil des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne, fin juin.

Un embargo total des armes…

Cette mesure ne doit pas rester isolée. C’est une mesure de suspension totale des échanges militaires (achat comme vente) qui doit être faite. Un embargo sur les armes, à tout le moins une mesure de suspension commune des licences d’exportations d’équipement militaire doit être prise à l’égard de la Russie (comme à l’époque de la répression sur la place Maidan, les « 28 » l’avaient fait contre le pouvoir de Kiev, mesure aujourd’hui levée). Pour les Européens, cette mesure ne va pas être aussi facile que certains le disent. Car de nombreux pays ont encore du matériel russe et dépendent de cet approvisionnement.

… et des mesures sur les marchés financiers

Les Européens ne peuvent pas s’arrêter un « simple » embargo sur les armes. C’est un peu une marque de bonne conscience. Mais il faut le reconnaitre, cela n’agira que peu sur le conflit en cours. La Russie dispose de ses propres capacités d’armement. Et ce n’est pas avec un navire de type Mistral qu’on a tiré sur un avion civil dans l’est de l’Ukraine. Si les Européens veulent être plus durs, plus efficaces dans leurs sanctions, ils devraient prendre des mesures, plus drastiques et plus efficaces, en limitant, par exemple, toutes les transactions financières de ou vers Moscou. Il s’agit là de frapper la Russie au porte-monnaie. Ce sera aussi un test pour savoir si ceux qui crient le plus fort pour obtenir des sanctions (Londres, La Haye…) maintiendront leur véhémence quand leurs propres économies pourront être touchées par contrecoup de ces mesures.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) Procédure très « difficile » de l’aveu de plusieurs diplomates européens car soumise à un contrôle de plus en plus rigoureux de la Cour de justice.

(**) Rappelons que trois pays avaient concouru pour fournir des navires de type BPC à la Russie : la France, les Pays-Bas et l’Espagne.


Caisse de solidarité ou chambre de compensation

Pour que ces sanctions ne nuisent pas spécifiquement aux pays les plus touchés, l’idée d’une « caisse » commune de solidarité ou d’une « chambre de compensation », permettant d’amortir le choc aux pays concernés, est parfois évoquée. Mais sans vraiment dépasser le cercle des « think tanks » et autres observateurs. C’est une belle idée certes… Mais elle paraît difficile à mettre en pratique (qui finance, sur quelle base, pour quels montants, que prend-on en compte, …). Et ce n’est pas à l’ordre du jour (mais on peut rêver 🙂 En revanche, avoir une garantie européenne de risques à l’export plus développée, pour ce type de contrats gouvernementaux ou de secteurs exposés, serait un projet à creuser.