Marine Le Pen à la peine

(B2) Malgré toutes ses déclarations, la leader du Front national n’a toujours pas réussi à constituer de groupe politique au Parlement européen

Elle l’avait promis. Victorieuse en France, la chef du Front national comptait bien, une fois arrivée au Parlement européen, constituer un groupe avec ses alliés de toujours. Sur le papier, cela était possible. Le très bon score en France permettait quasiment au Front national, tout seul, de remplir la première condition fixée pour constituer un groupe au Parlement : avoir 25 députés. Restait à remplir la seconde condition : avoir 7 nationalités. Le Pen a pu très vite compter sur ses quatre alliés : le Parti de la liberté néerlandais de Geert Wilders, le FPO autrichien, la Lega Norde italienne, et le Vlaams Belang belge. Il restait encore une petite myriade de députés isolés, populistes, eurosceptiques à convaincre… Mais Marine Le Pen a un peu présumé de ses forces et de sa connaissance du Parlement européen.

En 15 jours, aucun ralliement ne s’est produit. Et la dirigeante du Front national, d’habitude loquace, se mure aujourd’hui dans un silence prudent. « Jusqu’au 24 juin, nous ne communiquons pas sur le groupe » a répondu son bureau à Bruxelles. La réalité c’est que chaque fois que Marine Le Pen a approché de possibles candidats, ils ont fui vers des horizons plus solides. Les Démocrates suédois (SD), un temps approché, ont très vite répondu non. Même refus essuyé avec d’autres. Aujourd’hui, Marine Le Pen est démunie. Si elle n’arrive pas à rallier, rapidement, un Lituanien d’Ordre et justice et les Polonais du nationaliste Korwin-Mikke, elle devra soit renoncer à constituer un groupe – une défaite ! -, soit accepter la candidature de certains néo-nazis, comme le Jobbik hongrois. Ce qu’elle a toujours refusé, toute à sa campagne de dédiabolisation. Dernière solution : prendre langue avec les Anglais de UKIP, partisans d’un Royaume-Uni non membre de l’Union européenne. Une alliance un peu contre-nature, chacun des leaders ayant une forte personnalité, mais peut-être nécessaire.

Chez Nigel Farage, le leader de l’UKIP, la situation n’est, en effet, pas toute rose non plus. Certes il a réussi à rallier le Mouvement 5 Etoiles de l’ancien comédien italien Beppe Grillo. Un beau coup ! Mais il a perdu dans la bataille quelques plumes. Les Tories britanniques ont dans une campagne de séduction méthodique, raflé 4 Danois du Dansk Folkepartei, 2« Vrais finlandais » et 1 néerlandais. Au point qu’aujourd’hui, comme Marine Le Pen, le bouillonnant leader europhobe se retrouve sans groupe, n’ayant pas les 7 nationalités nécessaires. Or, sans groupe au Parlement européen, adieu crédibilité, moyens et surtout visibilité…

Nicolas Gros-Verheyde

Paru dans Ouest-France

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).