Un an d’EUTM Mali

(BRUXELLES2) Nous poursuivons notre double approche de traquer l’information dans les couloirs européens, d’en analyser et d’en décrypter les points les plus importants mais aussi d’aller sur le terrain à la rencontre d’une actualité qui n’est pas toujours la première dans les rangs des médias. Leonor Hubaut a ainsi été – début mars – (re)voir la mission de formation des militaires maliens (EUTM Mali) à l’occasion de son premier anniversaire et du relais assuré entre les généraux Guibert et le général Marc Rudkiewicz (de la Brigade franco-allemande) *.

Un point intéressant car il survient un an après le début de cette mission, où j’avais été moi-même sur place. Les lecteurs pourront ainsi constater de visu l’évolution de cette mission. Il faut bien reconnaitre que, début 2013, quand cette mission a été lancée, cela n’a pas été sans difficultés, notamment pour réunir les effectifs nécessaires (soutien médical, force de protection…). Il y avait à l’époque nombre d’interrogations sur le cadre de cette mission, le rôle de l’Europe, le risque de former les terroristes de demain, voire un certain fatalisme. Bien peu croyaient à son succès, certains allant même jusqu’à se moquer de ces Européens incapables de faire autre chose que de former à l’arrière des Maliens incapables de combattre et doutant de l’intérêt de cette formation.

Une mission bien rodée

Ces doutes sont aujourd’hui effacés. Et force est de reconnaitre que ces critiques ou moqueries se sont tues… La mission, aujourd’hui, est bien rodée, ses contours sont désormais mieux tracés, les 4 bataillons (Waraba, Elou, Sigi, Balanzan) ont été formés dans les délais impartis. Les représentants officiels (Allemagne, Pays-Bas, Pologne, Rép. Tchèque…) défilent au Mali, comprenant l’intérêt d’être présents dans cette zone sahélienne à la fois pour pallier aux risques sécuritaires mais aussi – il ne faut pas le nier – pour leur propre intérêt (immigration, économie…). Ne pas être présent dans cette zone quand il y a des difficultés, c’est renoncer aux marchés de demain.

Un pari sur l’avenir

Du côté malien, le dispositif politique n’est pas encore vraiment stable, mais au moins stabilisé. Et l’UE entame une deuxième mission de formation, destinée à compléter EUTM Mali, pour former les forces de sécurité. Un challenge autrement conséquent… Bien entendu, tout n’est pas réglé, il reste à former le reste de l’armée malienne, à assurer le suivi de cette formation, à voir si sur le moyen terme, l’armée nouvellement structurée tiendra la route, respectera la démocratie, les règles de conduite du droit humanitaire lors de la menée des opérations, ne sera pas tentée (comme par le passé) de faire le coup d’Etat. C’est un vrai pari sur l’avenir que tentent les Européens. Quel que soit son issue, il fallait tenter ce pari.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire notre reportage : EUTM Mali : un an après

Voire aussi notre reportage d’avril 2013 au début d’EUTM Mali : A la découverte d’EUTM Mali

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* On peut remercier l’équipe à Bamako de la mission européenne pour son chaleureux et précieux accueil.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).