Le commandant en chef de l’OTAN change d’avis comme de tee-shirt

Gén. Breedlove en 2012 (Crédit : US Air Force in Europe / Africa)
Gén. Breedlove en 2012 (Crédit : US Air Force in Europe / Africa)

(BRUXELLES2) L’impréparation au sommet semble la règle au commandement en chef de l’OTAN si on en croit les dernières déclarations du général Phil Breedlove, commandant des forces US en Europe et commandant en chef de l’OTAN (SACEUR pour les intimes).

Zut ! les « Rouges » * ne viennent plus

Après avoir seriné, durant des semaines, que les forces russes se préparaient à envahir l’Ukraine, multipliant les déclarations les plus alarmistes les unes que les autres sur les manoeuvres en cours de l’armée russe aux frontières de l’Ukraine, en détaillant même au nombre de chars et d’hôpitaux de campagne près ce qui s’y trouvait… le SACEUR vient de se raviser. A-t-il soudainement découvert que cette concentration massive de troupes, pas très discrète d’ailleurs, n’était qu’un leurre ? En tout cas, la nouvelle analyse de notre commandant en chef est que la Russie n’aura pas à mettre un seul soldat sur le territoire ukrainien, les forces de déstabilisation étant déjà à l’oeuvre.

Sans franchir de frontière… la pire des hypothèses

« Aujourd’hui,  je ne pense pas que c’est la solution la plus probable de l’action Je pense maintenant que Poutine peut être en mesure d’accomplir ses objectifs dans l’est de l’Ukraine sans jamais (franchir) la frontière avec ses forces » a-t-il ainsi déclaré lors de son passage à Ottawa (Canada) devant un aréopage de personnalités politiques et militaires, comme le rapporte la chaîne CBC. « Je pense que (son) action la plus probable, c’est qu’il continuera à faire ce qu’il fait : discréditer le gouvernement, provoquer le chaos et essayer de préparer le terrain pour un mouvement séparatiste. » Rien de plus facile ensuite pour la Russie de tisser des liens solides militaires et économiques avec ces mouvements, énonce-t-il.

Tout çà est très « gênant »

Au passage, le général Breedlove avoue aussi un peu son impuissance à répondre à ce type de menaces. On sent comme un regret d’une bonne vieille confrontation, à l’ancienne, un duel en bonne et due forme, que lui refusent en quelque sorte ses alter ego russes… « C‘est le plus gênant pour l’OTAN. Parce que si les forces ne sont pas à la frontière, je suppose que beaucoup voudront essayer de revenir rapidement à la normale. (Mais) pour ma part, je ne veux pas croire que annexer la Crimée est « business as usual ». 

Une analyse toute en finesse !

Plus de deux mois pour découvrir ce qu’un observateur moyen peut constater en lisant la presse, on reste frappé par une, analyse toute en finesse et en rapidité. Encore un petit effort, général, et vous apercevrez que mener une manoeuvre à partir de la Transnistrie pour conquérir le reste de l’Ukraine est peut-être une vue de l’esprit (lire : L’armée russe massée à l’Est de l’Ukraine pour aller en Transnistrie, Heu…).

Et si vous poursuivez l’analyse – d’ici quelques semaines – peut-être qu’il sera temps de s’apercevoir que la gesticulation militaire, côté de l’OTAN, n’a servi en fin de compte que les desseins de Poutine, grouper autour de sa personne et de son dessein, la fibre patriotique lui permettant d’exécuter tranquillement la mise sous tutelle de l’Ukraine en donnant à son entreprise à visée éco-stratégique… un ennemi politique. Il sera peut-être alors trop tard…

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) Le rouge dans la terminologie d’exercices de l’OTAN désigne les forces hostiles (lire notre Glossaire toujours utile…)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).

2 pensées sur “Le commandant en chef de l’OTAN change d’avis comme de tee-shirt

  • 6 mai 2014 à 23:06
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    Comme quoi la formation dans les instituts du KGB est d’un niveau machiavéliquement supérieur à Westpoint, Saint Cyr ou les écoles de guerre européennes.

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