Arnaud Danjean signe la fin de son premier mandat. Non à des missions « prétextes » pour l’UE. Oui à la Politique

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Arnaud Danjean (Crédit : parlement européen)

(BRUXELLES2) L’eurodéputé Arnaud Danjean (PPE), président de la sous-commission Défense & Sécurité dresse un bilan au vitriol de l’action extérieure de l’Union européenne, Dans une interview exclusive accordée à B2, il dénonce l’impossible mise en oeuvre de l’approche globale de la Haute représentante, Catherine Ahston, les missions civiles « prétextes » de l’Union européenne (UE), la gestion « technique » de la crise en Ukraine, les lenteurs de la mission EUFOR RCA. Tout y passe. Le député, qui signe ainsi, la fin de son premier mandat, donne son avis sur les sujets qui lui tiennent à coeur et tisse, en fait, une véritable feuille de route pour l’avenir de la politique étrangère européenne, qui doit se doter selon lui d’un véritable « leadership politique ».

Dans son rapport sur l’approche globale de l’Union, qui a été voté en plénière aujourd’hui (3 avril), le député est particulièrement critique sur cette notion, qu’il considère comme « un mot magique ». « Il perd de son sens s’il n’est pas lié à des actions coordonnées » affirme-t-il.  Son rapport se veut ainsi un « signal de soutien » à la philosophie de l’approche globale de la Haute Représentante comme « un avertissement » sur sa mise en oeuvre. Selon lui, l’action de l’UE est souvent posée « a posteriori ». Autrement dit en retard. « Ce qu’on présente comme le résultat de l’approche globale, c’est une approche très empirique avec des briques qui se superposent les unes aux autres ».  Il prend en exemple l’action de l’UE en Corne de l’Afrique, érigé en modèle de l’approche globale par la Haute Représentante. « Est-ce que cela participe vraiment de l’approche globale ? Ex ante oui ».  Quand on regarde la façon dont les domaines s’articulent ou pas entre eux, « on constate que ce n’est pas le résultat d’une approche coordonnée dans un vrai cadre stratégique. Ca reste plus virtuel que planifié et concerté » déclare-t-il. A suivre sur le Club : Quand le mot « politique » manque à l’Europe. Le bilan de Arnaud Danjean

(propos recueillis par Loreline Merelle)

Commentaire (NGV) : un certain souffle nécessaire

Arnaud Danjean a, durant ce mandat, de cinq ans insufflé un dynamisme certain à la sous-commission Défense qu’il a présidée. Non seulement, certains débats et auditions ont été menés, mais de nombreux déplacements sur le terrain – une douzaine en tout – ont été organisés. Quasiment toutes les missions de la PSDC ont ainsi pu être visitées. Ce n’est pas un détail. Ce qui a permis d’aiguiser les points de vues. Les eurodéputés se sont mieux rendu compte de certaines réalités ; d’autres ont changé de point de vue. Je me rappelle du député Charles Tannock, pourtant pas très enthousiaste sur une action possible de l’Union européenne au niveau militaire, vanter les mérites de l’opération EUTM Somalia. Arnaud Danjean, de son côté, a su joué le rôle de porteur de message, n’hésitant pas à critiquer les défauts du dispositif européen mais aussi à en montrer les avantages ou les mérites. Il a su parlé un discours intelligible par tous, pas anti-européen mais pas eurobéat non plus. On peut partager son avis, ou non, mais il a su poser les termes du débat. Il le montre encore dans cette interview, pleine de souffle et d’espoirs.

Attention aux choix inconséquents

Personnellement, et professionnellement, nous espérons le revoir dans le prochain Parlement européen, à la tête de cette commission (ou à une autre). Si pour des questions de petite combine d’appareil, une autre personne pourrait lui être préférée (le nom de Nadine Morano est avancé pour prendre la tête d’une commission), « on » perdrait ainsi une personnalité qui a encore beaucoup de potentiel à porter et insuffler. Le « on » ne désigne pas seulement moi-même ou la petite communauté journalistique, mais au sens général l’Europe et la France. Les appareils politiques français ont, en général, habitude de mépriser ce qui se fait à « Bruxelles », ne voyant pas que miser sur quelques personnes, leur donner les moyens d’accroitre leur poids, leur influence et leur expérience, est un « Plus » au niveau européen. Le premier mandat d’un eurodéputé est, en général, celui de la « mise en place ». Le second et les suivants celui de la « rentabilisation ». En misant sur d’autres, l’UMP (le parti de Arnaud Danjean) ferait un choix imbécile. Pour prendre une image, ce serait un peu comme l’agriculteur qui a planté ses tomates, les a entretenues, arrosées, mais renonce à les cueillir et les vendre, pour préférer détruire les plants et mettre du raisin. Le raisin n’est pas plus mauvais que des tomates. Mais renoncer à l’un pour mettre l’autre, par simple petit plaisir fugace, ce n’est pas sérieux.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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