Devenir russe ou quitter le navire, le dilemme des marins ukrainiens…

NavireConstantin@UKR(BRUXELLES2) D’après les différents messages qui parviennent, les militaires ukrainiens en Crimée ont été un peu désemparés, laissés sans ordre clair, attendant une aide et des renforts promis par Kiev qui… ne sont pas arrivés.

On ferme, on récupère

Un à un les différentes bases et postes de commandement ukrainiens tombent et sont pris, officiellement par les forces « d’auto-défense » criméennes. Dans les faits, et dans le droit (le décret d’annexion/rattachement ayant été signé par Vladimir Poutine), par les Russes. Hier c’était le QG de la marine à Sébastopol qui a été pris, avec l’arrestation du chef de la marine ukrainienne, le contre-amiral, Serhiy Hayduk (libéré entretemps ce matin). Puis cela a été au tour de la base de Novoozerne, qui sert de « port d’attache », à plusieurs navires ukrainiens. Et aujourd’hui ce pourrait au tour de certains navires du pavillon bleu aux couleurs de l’Ukraine. Dans tous les cas, les autorités russes semblent bien décidées à en terminer avec la présence militaire ukrainienne. Rapidement…

Ultimatum pour le Konstantin Olshansky

Les heures qui suivent sont, en effet, décisives pour la marine ukrainienne, toujours bloquée dans les ports et rades de Crimée. Il en est ainsi pour un des plus gros navires de la flotte ukrainienne, le Konstantin Olshansky (U-402), un navire de débarquement (utilisé en 2011 pour évacuer de Libye les Ukrainiens bloqués par le conflit). Le navire se trouve aujourd’hui dans la baie de Donuzlav, totalement « coupé de ravitaillement et incapable de sortir », d’après les informations qu’a transmise à B2 un de nos collègues ukrainiens, dans une zone bloquée par la marine russe (grâce à des navires coulés en travers de la baie, lire : Touché, coulé, bloqué. Le génie naval russe frappe).

Les marins ont reçu l’ultimatum avec trois choix – à faire d’ici demain apparemment,  : 1) prêter serment, et continuer à servir dans la marine russe, 2) prendre la nationalité russe et s’en aller librement, 3) garder la nationalité ukrainienne et partir. Dans tous les cas, le choix aboutit au même objectif : donner le bateau aux autorités criméennes/russes, qui pourront ensuite en faire une monnaie d’échange avec Kiev.

Des frères d’armes

Les marins ukrainiens sont placés devant un dilemme… Pour bien comprendre la situation, il faut revenir quelques années en arrière, la flotte de la mer noire était « une » sous pavillon soviétique, avant la chute de l’URSS et le partage de cette marine sous deux pavillons différents. Mais, depuis, les deux flottes sont restés dans la même zone, partageant les mêmes ports (ou presque), ou du moins la même région, voire les mêmes familles. L’insigne de la marine ukrainienne est d’ailleurs restée très proche dans les couleurs et la forme de l’insigne de la marine russe, ne prenant pas comme les autres branches de l’armée la croix. Les marins ukrainiens – dont nombre sont russophones – sont donc réellement déchirés, entre leurs racines, leur métier et leur patrie. Jusqu’à présent, ils ont tenu bon. Combien de temps encore ? Plus que dans tout autre corps de l’armée, cette séparation pourrait être douloureuse…