Van Rompuy et Barroso se félicitent du rôle tenu par la Russie en Crimée. Possible ?

MIlleSabordsCapitaineHaddock2(BRUXELLES2) Les présidents du Conseil européen Herman Van Rompuy et de la Commission européenne José-Manuel Barroso se « félicitent de la tenue du référendum en Crimée qui s’est tenu aujourd’hui ». Ils tiennent à « saluer le rôle dynamique et sans provocation joué par la Russie sur ce dossier ». Et « appellent les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne à prendre des mesures pour soutenir le retour des forces armées russes dans leurs casernements ». Voici ce qu’une traduction libre de leur dernier communiqué pourrait donner… si les journalistes européens n’étaient pas un peu scrupuleux et meilleurs connaisseurs des langues que nos deux présidents européens et leur entourage. L’anglais étant devenu la seule langue dans laquelle ils veulent communiquer…

Joint statement by President of the European Council Herman Van Rompuy and President of the European Commission José Manuel Barroso on Crimea

Commission Européenne – STATEMENT/14/71   16/03/2014

Autres langues disponibles: aucune

Ras le bol !

Eh oui. Je suis excédé. Excédé de traduire en permanence des communiqués – dont l’anglais tient parfois plus d’un google translate mal maîtrisé que de la langue de Shakespeare -. Excédé de passer des minutes précieuses de mon temps à effectuer le travail que ne veulent pas effectuer les institutions européennes. Marre de devoir rajouter un peu de texte  pour remettre en bon français (et même en bon anglais) des phrases parfois incompréhensibles, si on les traduit littéralement. Gêné de voir qu’il y a en quelque sorte un « double standard ». L’Union européenne fait la leçon en permanence aux pays tiers – l’Ukraine ou la Russie en dernier lieu – afin qu’ils respectent les droits des minorités, en particulier linguistiques. Mais ses représentants sont incapables de faire de même. Non pas parce qu’ils ne parlent pas ces langues (JM Barroso et H Van Rompuy s’expriment parfaitement en français). Mais parce qu’ils ne veulent pas. Or, on n’osera leur rappeler que la pratique de toutes les langues européennes n’est pas une faculté. Mais une obligation. Les traités européens ayant mis à rang d’égalité toutes les langues.

Une question démocratique

Il est totalement incompréhensible que pour des communiqués aussi importants politiquement, que celui publié aujourd’hui sur l’Ukraine et la Crimée, on ne cherche pas à les publier en plusieurs langues. Et qu’on ne vienne pas invoquer l’urgence : la situation était très claire depuis plusieurs jours. Et il était parfaitement possible de préparer un tel document en plusieurs langues. Au surplus, c’est une question politique comme démocratique, ainsi que l’écrit elle-même la Commission européenne sur son propre site :

« En tant qu’entité démocratique, l’Union européenne se doit de communiquer avec les citoyens dans leur langue,de même qu’avec les gouvernements nationaux et les administrations publiques, les entreprises et d’autres organisations, dans toute l’UE. Les Européens ont le droit de savoir quelles sont les décisions prises en leur nom. Ils doivent également avoir la possibilité de participer activement à la construction européenne sans devoir apprendre d’autres langues. »

Pourquoi pas en russe et en ukrainien

Aller jusqu’aux 24 langues officielles est peut-être un tantinet irrationnel. Mais il serait, au moins, nécessaire et opportun de respecter intégralement la traduction dans les trois langues de travail (anglais, français, allemand). Et au besoin le traduire dans les langues des pays plus particulièrement concernés. Un communiqué concernant l’Ukraine aurait ainsi pu être traduit utilement en polonais et en roumain, par exemple (deux pays particulièrement concernés par cette actualité). Et quitte à faire un communiqué, il aurait été particulièrement efficace qu’il soit traduit en Ukrainien ou en Russe (*). Autant être entendu et compris par ceux auxquels c’est destiné !

(*) Les puristes de l’Union européenne me répondront : ce n’est pas possible. L’OTAN ne s’est pas embarrassé de ces principes rigides et a récemment traduit son rapport annuel en russe.

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