6 mois de détention pour les 35 membres du Mv Seaman Guard Ohio en Inde

(BRUXELLES2) Les 10 marins et 25 gardes privés du MV Seaman Guard Ohio sont toujours détenus en Inde. Arrêtés le 12 octobre alors qu’ils convoyaient un navire de protection anti-piraterie, pour le compte de AdvanFort (une société militaire privée américaine), ils sont toujours accusés de possession illégale d’armes et la justice indienne ne semble pas incline à la tendresse. Lire : Des gardes privés européens arrêtés en Inde. Une affaire qui n’est pas sans rappeler celle des fusiliers marins italiens du Enrica lexie

Pas de libération sous caution ?

Le procureur du Tamil Nadu, Shanmuga Velayutham, a, en effet, recommandé, vendredi (14 mars), de rejeter la demande du capitaine (Dudinik Valentyn) et des 34 autres personnes qui demandaient leur libération sous caution. « Si le tribunal leur accorde la liberté sous caution, (les enquêteurs) auront à faire face à des difficultés pour s’assurer de leur présence (au procès) » a-t-il déclaré ainsi que le relate The Times of India. « Nous avons déjà eu cette expérience dans l’affaire de meurtre de deux pêcheurs indiens par l’équipage du navire italien sur la côte du Kerala en 2012 » a-t-il ajouté. Le juge doit se prononcer le 20 mars.

Une pétition des familles britanniques

Parmi eux des Indiens, des Ukrainiens et des Estoniens et six gardes privés, anciens des forces armées britanniques. Les familles viennent d’en appeler au Premier ministre, David Cameron, pour qu’il intervienne. Une pétition signée par 136.000 personnes – lancé par les proches d’un des prisonniers – a ainsi été remise à Downing street – précise la BBC – demandant l’intervention du gouvernement britannique.

Le moral des prisonniers « au plus bas »…

Billy Irving, de Connel, Argyll; Nick Dunn, de Ashington, Northumberland; Ray Tindall de Chester; Paul Towers de Pocklington, Yorkshire; John Armstrong de Wigton, Cumbria, et Nicholas Simpson, de Catterick, North Yorkshire sont, en effet, emprisonnés depuis le 24 octobre. Témoignant à nos confrères, Yvonne MacHugh, compagne d’un des gardes a expliqué la situation. « Il a perdu beaucoup de kilos. Ils paraissent exténués et perdent espoir d’être libérés. Leur moral est de plus en plus bas. Ils ne savent pas ce qui va advenir de leur dossier ».

Et profil bas au Foreign office

Au Foreign Office, on fait profile bas. « Un cas difficile, dont le Premier ministre a parlé avec les ministres indiens aussi bien qu’avec le ministre des Affaires étrangères. Nous continuons de faire tout ce que nous pouvons faire » a déclaré un porte-parole à la BBC. « Bien que nous ne pouvons pas exiger la libération des ressortissants britanniques, ou interférer dans les processus judiciaires d’un autre pays, nous continuons de faire très clairement savoir notre intérêt dans ce dossier, et l’importance de qu’il soit résolu le plus rapidement possible. »

Commentaire :  cette affaire – comme l’affaire italienne du Enrica Lexie – illustre toute la difficulté de la lutte anti-piraterie au plan international. Elle n’est pas de très bon augure pour Londres qui a beaucoup misé sur l’expansion des gardes privés et se retrouve ainsi avec un beau casse-tête juridique qui devrait également préoccuper toutes les capitales européennes qui ont mis en place (ou veulent la mettre) une législation sur l’utilisation de gardes privés en mer. Si la mise en place ou l’agrément des gardes privés peuvent être faits au niveau national, il reste, en effet, un vide juridique quant à leur présence et leur utilisation dans des eaux internationales, comme dans des eaux territoriales d’autres pays. Jusqu’à nouvel ordre, la loi d’un pays ne peut s’imposer à celle d’un autre. En l’espèce, sans donner raison à l’Inde, force est de reconnaitre qu’elle n’a pas tout à fait tort d’être aussi chatouilleuse sur sa souveraineté territoriale et maritime. Maintenant, il serait juste que des hommes ne pâtissent pas trop longtemps de l’imprévoyance et du manque de concertation de leurs gouvernements.