Les troupes russes peuvent intervenir (officiellement) en Crimée

Les troupes russes peuvent intervenir (officiellement) en Crimée

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Les JO terminés, la remise au pas de l'Ukraine peut commencer (Crédit : présidence russe)

Les JO terminés, la remise au pas de l’Ukraine peut commencer (Crédit : présidence russe)

(BRUXELLES2) La décision est désormais officielle. Le président Poutine l’a confirmé par une lettre adressée au Conseil de la la fédération (la chambre haute du Parlement russe), publiée par le service de presse présidentielle et diffusée par l’agence Itar-Tass.

L’armée russe engagée

« Dans le cadre de la situation exceptionnelle en Ukraine, la menace pour la vie des citoyens de la Fédération de Russie, nos compatriotes, le personnel du contingent militaire des forces armées de la Fédération de Russie déployés sur le territoire de l’Ukraine (République autonome de Crimée) en vertu d’un traité international, et conformément à l’article 102-1 (d) de la Constitution de la Fédération de Russie, je soumets au Conseil de la Fédération (…) une lettre sur l’utilisation des forces armées de la Fédération de Russie sur le territoire de l’Ukraine en attendant la normalisation de la situation politique et publique dans ce pays ». Et le président a désigné le ministre adjoint des Affaires étrangères Grigory Karasin pour être son représentant officiel au Conseil de la Fédération.

Sébastopol et la Crimée

Cette lettre répond à une demande du Conseil de la Fédération de prendre des « mesures exhaustives » pour protéger les Russes en Ukraine. « Aujourd’hui, il y a une menace réelle pour la vie et la sécurité des citoyens russes vivant en Ukraine. Il y a une menace pour nos militaires à Sébastopol et de la flotte de la mer Noire. Et je pense que la Russie ne devrait pas être un spectateur » a expliqué la présidente du Conseil de la Fédération Valentina Matvienko, à l’agence Itar-Tass. Ses commentaires et explications valent le détour. Car elles donnent une idée des justifications russes pour cette intervention : 1) préservation de la sécurité des militaires Russes, 2) protection des minorités en Ukraine, 3) non respect des accords du 21 février signés à Kiev et contestation du nouveau gouvernement nommé par le Parlement.

Et au-delà, l’Ukraine

Le principal objectif de cet appel est de « prendre des mesures exhaustives, toutes les mesures possibles pour assurer la sécurité de nos citoyens vivant en Ukraine, aider notre peuple frère ukrainien à stabiliser et canaliser la crise actuelle dans un cadre juridique civilisé afin que les accords qui ont été signés par les dirigeants de l’opposition et le chef de l’Etat soient mis en œuvre strictement », a-t-elle poursuivi.

L’accord du 21 février non appliqué

Pour la présidente du conseil de fédération russe,  « l’accord [du 21 Février] avait déterminé clairement une séquence des étapes. Une réforme constitutionnelle d’abord – censée être réalisée avec une large participation de la population, des forces politiques et des régions – pour élaborer un document de consensus qui serait soutenu par tous en Ukraine. Selon les pratiques internationales, ces textes importants auraient dû adoptés dans un référendum national ».

Le nouveau gouvernement ukrainien contesté

Et de contester les élections qui ont porté à leur tête un nouveau président. « La rapidité avec laquelle des élections présidentielles ont été annoncés [en Ukraine] met sa légitimité en question. » « L’accord prévoit la formation d’un gouvernement d’entente nationale. Ce qui signifie qu’il devrait comprendre des représentants de toutes les forces politiques. En réalité, nous voyons que le gouvernement, qui a été approuvé par les manifestants de Maidan, ne comprend pas toutes les forces politiques et a été formé par les partis d’ opposition » détaille Matvienko. De plus « les chefs des régions n’ont pas été convoqués pour consultation » (…) Nous pouvons comprendre pourquoi il y a des manifestations dans les régions, sauf à  l’Ouest de l’Ukraine » dénonce-t-elle.

Moscou en protection des russophones

(Maj 2.3.2014 1h) Dans la nuit, le Kremlin a publié le commentaire de Vladimir Poutine après une conversation téléphonique avec le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon. Pour le président russe, « au cas où une escalade de la violence contre la population parlant le russe (russophone) des régions orientales d’Ukraine et de Crimée, la Russie ne serait pas en mesure de rester à l’écart et aurait recours à toutes les mesures nécessaires en conformité avec le droit international. » On notera que la Russie se positionne officiellement en protectrice des Russophones ainsi que le distinguo bien clair entre l’Ukraine et la Crimée, mais s’abrite aussi derrière la conformité au droit international pour les mesures à prendre. Ce qui n’autorise pas normalement le recours à la force.

Cf. Art 51 de la Charte des Nations-Unies : « Aucune disposition de la présente Charte ne porte atteinte au droit naturel de légitime défense, individuelle ou collective, dans le cas où un Membre des Nations Unies est l’objet d’une agression armée, jusqu’à ce que le Conseil de sécurité ait pris les mesures nécessaires pour maintenir la paix et la sécurité internationales. Les mesures prises par des Membres dans l’exercice de ce droit de légitime défense sont immédiatement portées à la connaissance du Conseil de sécurité et n’affectent en rien le pouvoir et le devoir qu’a le Conseil, en vertu de la présente Charte, d’agir à tout moment de la manière qu’il juge nécessaire pour maintenir ou rétablir la paix et la sécurité internationales. »

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