Un nettoyage ethnique se profile, accuse Amnesty international. Forces internationales accusées

(crédit : Amnesty international)
(crédit : Amnesty international)

(BRUXELLES2) Amnesty international dénonce dans un rapport paru aujourd’hui un « nettoyage ethnique » en règle et des violences interreligieuses » qui se déroulent dans l’ouest de la République centrafricaine. « Les soldats de la force internationale de maintien de la paix ne parviennent pas à empêcher le nettoyage ethnique des civils musulmans ».

Un nettoyage ethnique

« Les milices anti-balaka mènent des attaques violentes dans le but de procéder au nettoyage ethnique des musulmans en République centrafricaine », explique Joanne Mariner, conseillère d’Amnesty International pour les situations de crise. « On assiste à un exode des musulmans sans précédent. »

Une centaine de témoignages

L’ONG s’appuie sur plus d’une centaine de témoignages de première main sur les attaques de grande ampleur menées par les anti-balaka contre des civils musulmans dans les villes de Bouali, Boyali, Bossembélé, Bossemptélé et Baoro, dans le nord-ouest de la République centrafricaine. Les troupes internationales n’étaient pas déployées dans ces villes, laissant les civils sans protection. L’attaque la plus meurtrière répertoriée par Amnesty International s’est déroulée le 18 janvier à Bossemptélé. Elle a fait plus de 100 victimes parmi la population musulmane, dont des femmes et des vieillards, notamment un imam d’environ 75 ans. Pour échapper à la folie meurtrière des anti-balaka, dans de nombreuses villes et de nombreux villages, toute la population musulmane a fui, tandis qu’ailleurs, ceux qui restent se réfugient à l’intérieur et aux abords des églises et des mosquées.

Séléka et anti-balaka rivalisent de férocité

«Lorsque la Séléka s’est retirée, les forces internationales ont laissé les milices anti-balaka prendre le contrôle du pays, ville après ville. Les violences et l’expulsion forcée des communautés musulmanes étaient prévisibles. Le pouvoir déclinant des forces de la Séléka n’a en rien diminué leur brutalité lorsqu’elles se sont retirées. Même avec une capacité de mouvement et des moyens opérationnels fortement entravés, les membres de la Séléka ont poursuivi les attaques violentes contre les civils chrétiens et leurs biens. Des membres armés de communautés musulmanes, agissant indépendamment ou aux côtés de la Séléka, se sont également livrés à des attaques de grande ampleur contre des civils chrétiens.  »

La force internationale n’en fait pas assez

Pour l’ONG, la réponse de la communauté internationale est « trop timorée ». Les troupes internationales de maintien de la paix se montrent « réticentes à faire face aux milices anti-balaka et ne sont pas assez réactives pour protéger la minorité musulmane menacée ». Pour Donatella Rovera, « les troupes internationales de maintien de la paix n’ont pas réussi à stopper la violence. (…) Elles y ont consenti dans certains cas, en laissant les milices anti-balaka remplir au niveau du pouvoir le vide créé par le départ de la Séléka. »

Il y a urgence…

« L’urgence de la situation exige une réponse immédiate – explique Joanne Mariner. « Il est temps que l’opération de maintien de la paix en République centrafricaine protège la population civile, se déploie dans les zones à risques et stoppe cet exode massif. »

Commentaire : l’ONG joue son rôle en tirant la sonnette d’alarme. Elle serait cependant plus crédible si elle s’adressait aux responsables plutôt qu’aux lampistes. Si les troupes sur le terrain peuvent, au besoin, être mis en cause, ceux qui loin du terrain, retardent, trainaillent des pieds, inventant toujours une bonne argutie, pour repousser d’un ou deux jours, d’une ou deux semaines l’opération devraient être aussi mis devant leurs responsabilités. Papier à suivre : Et pendant ce temps… les Européens lambinent

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).