Mobilité, Effectivité, Transition… les dix messages clés du général Pontiès pour l’opération EUFOR RCA

(crédit : Union européenne)
(crédit : Union européenne)

(BRUXELLES2) Alors que l’opération militaire en République centrafricaine entre dans ces dernières semaines de préparatifs, le général Philippe Ponties, commandant EUFOR RCA, qui a fait récemment le déplacement à Larissa, comme à Bangui, a précisé les points importants de l’opération européenne. Le chef de mission a pu rencontrer à Bangui, les autorités de transition, le commandant de l’opération Sangaris, le chef adjoint de la Misca, le chef de la composante justice police, le chef du Bureau des Nations-unies (le Binuca) et les acteurs humanitaires. Ce déplacement effectué en compagnie du général français Thierry Lion, qui commandera la force, a permis « d’examiner la situation sur place et affiner en conséquence le plan d’opération ». Quant au quartier général de Larissa, il est activé et fonctionne. « Je me suis rendu sur place. Et j‘ai trouvé des infrastructures d’excellentes qualités » explique le général Pontiès qui a précisé les dix points clés de la nouvelle opération militaire européenne.

1. Le mandat est limité dans le temps. La mission sera de six mois maximum — à compter de la « déclaration de pleine capacité » ; + 3 mois de montée en puissance, soit jusqu’à novembre. Ce mandat « ne sera pas renouvelé ». NB : la décision de mise en place d’EUFOR RCA prévoit d’ailleurs son auto abrogation ainsi que la dissolution de l’Etat-Major.

2. La zone d’opération sera « restreinte ». La mission sera déployée sur Bangui et région. Mais ne couvrira pas toute la capitale centrafricaine. Sa zone d’opération couvrira la zone de l’aéroport, le camp de réfugiés attenant, ainsi que « plusieurs districts adjacents à l’aéroport ». Mais pas toute la ville.

3. Objectif : un effet rapide. L’objectif est, en effet, d’avoir « très vite atteindre des effets visibles (…) pour les populations locales et les autorités de transition ». Quand le général Pontiès parle de visibilité, c’est une question d’efficacité surtout qu’il entend atteindre. L’idée est « non pas de se diluer sur une surface (mais) de se concentrer, en profondeur, pour avoir des effets immédiats mais qui soient aussi durables ».

4. La mission : sécuriser la population. « Nous devons créer un retour substantiel des personnes déplacées, faciliter la liberté de mouvement, permettre aux gens de se sentir en sécurité, de reprendre des activités sociales et économiques. » Une bonne partie de la mission sera aussi de faire la liaison avec les ONG et organisations internationales présentes. Le « deal » pour nous est « de créer les conditions pour ces acteurs de créer ces projets ».

5. La mobilité est donc un critère clé, l’idée est « d’avoir une présence permanente. Ce qui est très exigeant. » EUFOR RCA devra avoir des « capacités à patrouiller efficacement ». Cela suppose « des capacités de renseignement, de la logistique, de la protection de force ».

6. Des moyens classiques. Les moyens requis des Etats membres sont des « plus classiques » : infanterie, véhicules, transmissions, etc. « Un classicisme confondant » parle le général. Coté aérien, il n’y aura pas automatiquement d’hélicoptères (comme envisagé un moment). Pour l’évacuation médicale, le général Pontiès privilégie ainsi plutôt « les moyens routiers que les hélicoptères. Bangui est une zone urbaine extrêmement dense. Il est difficile de poser des hélicoptères sur ces zones très peuplées. » Ces véhicules, seront « dédiés de manière permanente à l’opération européenne ». En cas de problème, il y aura « rapatriement sur le Role 2 déployé sur l’aéroport », assuré par les Français de Sangaris, dans une sorte de mutualisation des moyens. En revanche, l’idée d’avoir un drone a été planifiée. « C’est effectivement un des moyens que nous voulons déployer, on a une zone très dense, et il est important d’avoir une situation de la ville, mise à jour en permanence. Mais cela dépendra de la contribution des Etats membres. »

7. Des règles d’engagement aussi larges que possible. Mon objectif est que la « force puisse bénéficier de la plus grande liberté de manoeuvre possible sur le terrain », avec deux limites : d’une part, « le cadre de la mission confiée aux Européens », d’autre part, la « prise en compte de l’arsenal juridique international, du droit des conflits, du droit international humanitaire », etc. C’est « un équilibre subtil, très difficile à atteindre » – reconnait le général.

9. La difficulté d’une génération de force, c’est d’arriver à remplir tous les besoins nécessaires, avec toutes les offres possibles. Cela signifie une adaptation permanente. « On fait du fine tuning en permanence. C’est-à-dire tailler dans les différentes capacités les unes aux autres, et définir à quelle hauteur seront les contributions. » L’important est que la force « soit la plus européenne et la plus multinationale possible ». La préparation a été accélérée. « Nous sommes dans un tempo très soutenu. Je n’ai pas souvenance au niveau européen d’un tel rythme. »

9. Une opération à charge des Etats membres. Les coûts communs (au titre du mécanisme Athena) seront limités, ils comprennent les travaux d’infrastructure pour le QG de la Force, le coût du déploiement, de la logistique et de la force dans sa vie quotidienne. « Le principe d’un financement des transports stratégiques par les coûts communs n’a donc pas été prévu » précise le général, confirmant ainsi les informations de B2. L’essentiel des frais « retombera donc sur les États membres participants. »

10. Une stratégie de sortie, dès le début. « Dans six mois, on part. Et il ne faut pas que cette situation se détériore ensuite. C’est un point important. (…) La stratégie de sortie me préoccupera de façon importante dès le déploiement. » Pour le général, l’essentiel est donc de préparer « dès le début la transition » avec la MISCA. Il faut le « créer dans de bonnes conditions », assurer « le même niveau de sécurité, une transition en douceur, pour que la dynamique puisse se poursuivre ».

(Nicolas Gros-Verheyde)

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).