Le chef d’Etat-Major des armées d’Ukraine viré. Pas un bon signe

parachutiste de la 80e Brigade en exercice dans la région de Lviv (crédit : armée ukrainienne)
parachutiste de la 80e Brigade en exercice dans la région de Lviv (crédit : armée ukrainienne)

(BRUXELLES2) L’éviction du chef d’Etat major des armées ukrainiennes par Viktor Iaounoukovitch n’est effectivement pas un signe d’apaisement. On pourrait même dire le contraire. D’autant qu’il s’accompagne de mouvements de troupes et de mise en place de la loi anti-terroriste qui signifient que la phase de répression n’est pas terminée.

Un général « constitutionnel »

Intervenant devant ses troupes, il y a quelques jours, le général Volodymyr Zamana avait – sous couvert d’un discours très ferme – placé l’armée dans une stricte position de neutralité, arguant du nécessaire respect de la Constitution, et appelant ses troupes à ne pas céder à des appels, de part et d’autre, d’intervenir dans la vie politique du pays. En quelque sorte, ainsi que nous l’écrivions, il refusait que l’armée sorte de son devoir de réserve (Lire : L’armée ne participera pas à un coup d’Etat. Mais l’état d’urgence plâne).

Une reprise en main

Un message qui n’a pas apparemment eu l’heur de plaire au principal dirigeant du pays qui a décidé aujourd’hui de le remplacer par le chef de la marine, l’amiral Yurii Ilyin. Dans la réalité, c’est plutôt à une reprise en main directe par le commandant en chef des armées, le président Iaounoukovitch, lui-même qui semble se profiler. La 80e brigade parachutiste est d’ailleurs en manoeuvre dans le centre de formation au « maintien de la paix » situé dans l’oblast (région) de Lviv, un des fiefs des opposants au régime ! Un exercice qui se « déroule selon un calendrier prévu » d’avance, jure-t-on au ministère de la Défense…

Application de la loi anti-terroriste et pouvoirs spéciaux

Autre point inquiétant, le ministère ukrainien de la Défense a décidé de faire appliquer la loi « anti-terroriste ». Objectif annoncé : « arrêter l’extrémisme et les actions illégales des groupes radicaux qui menacent la vie de millions d’ukrainiens, protéger les civils et empêcher une guerre civile en Ukraine ». Une loi qui permet aux Forces armées de l’Ukraine « dans la zone d’opérations contre-terroristes » d’utiliser « les armes et autres moyens spéciaux, d’appréhender et de traduire les auteurs d’infraction ou qui s’apprêtent à commettre d’autres actes, de vérifier les documents d’identité des citoyens ou fonctionnaires, et en l’absence de documents de les détenir pour identification, de fouiller les véhicules, de restreindre ou interdire provisoirement la circulation des véhicules et des piétons sur les rues et les routes », etc. Bref c’est l’application de pouvoirs spéciaux. Les manifestants de tout acabit pouvant être traités de « terroristes ».

(Nicolas Gros-Verheyde)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).