L’armée ne participera pas à un coup d’Etat. Mais l’état d’urgence plane

SoldatsCharCourent@Ukr1401
Entrainement (Crédit : armée ukrainienne)

(BRUXELLES2) Intervention ou non, préparation ou non, … Les déclarations se succèdent à Kiev tant du côté de l’opposition que du ministère de la Défense sans qu’on sache exactement de quoi se ferait le lendemain.

L’armée garante de l’ordre constitutionnel

Le chef d’Etat-major des armées, le général Volodimir Zamana, a mis les points sur les « i » vendredi « Chaque membre des forces armées de l’Ukraine a juré allégeance au peuple ukrainien. Et il se conformera à ce serment », a-t-il précisé dans un communiqué (en ukrainien). Et de préciser que les Forces armées de l’Ukraine, sont chargées d’assurer « l’intégrité territoriale et la souveraineté de notre pays. Personne n’a le droit d’utiliser la force militaire pour restreindre les droits et libertés des citoyens, renverser l’ordre constitutionnel, entraver le travail ou le changement de gouvernement ».

L’Ukraine a toujours perdu son indépendance et sa souveraineté par des conflits internes

Le chef d’Etat-Major a aussi tenu à faire un rappel du passé. « Dans l’histoire de notre pays, (nous avons) souvent perdu la souveraineté et l’indépendance à la suite de conflits internes. Nous ne pouvons laisser se reproduire cela aujourd’hui. » Il est « important de réduire le degré de confrontation » a-t-il ajouté, redisant sa confiance « dans le président, le parlement, le gouvernement (pour) trouver les moyens de parvenir à un compromis ». Il a conclu par une adresse, plus classique, aux agitateurs de tous poils. « Les forces armées ukrainiennes se tiennent prêtes à assurer la paix et la tranquillité ».

Un appel à rétablir la sécurité

Le ministre de la Défense, Pavel Lebedev, a été plus ferme, lors d’une allocution après l’assemblée générale du personnel. S’appuyant sur un appel des militaires au Président ukrainien Viktor Ianoukovitch pour faciliter la résolution du conflit. « 87% soutient l’action du Président de l’Ukraine », pour prévenir des conflits dans la société et a appelé à la « cessation immédiate des actes illégaux que nous observons aujourd’hui dans le pays ». Autant dire non pas les enlèvements ou agressions mais l’occupation par les forces d’opposition des bâtiments publics.

Commentaire : ce double avertissement du Chef d’Etat major des armées et du ministre de la Défense peut paraitre jouer sur une même partition, mais avec deux sons différents. On peut aussi dire que le Chef d’Etat major a voulu aussi donner un avertissement à ceux au sein de l’armée, comme du gouvernement, qui pourraient être tentés par un possible coup d’Etat, comme à ceux ceux tentés de rejoindre les rangs de l’opposition, ou d’utiliser l’armée à des tâches de police. L’armée reste là mais est « neutre ». Tandis que le ministre de la Défense semble plus offensif et prêt à l’intervention. Son démenti sur une possible intervention de l’armée « à moins de l’état d’urgence ou de la loi martiale » sonne davantage comme une menace que comme un appel à la retenue.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).