EUFOR RCA englué dans un drame budgétaire (MAJ)

Les Marsouins du 8e RPima à Bossembelé (crédit : Ministère français de la Défense / DICOD)
Les Marsouins du 8e RPima à Bossembelé (crédit : Ministère français de la Défense / DICOD)

(BRUXELLES2) Le 20 décembre dernier, les « 28 » Chefs d’Etat et de Gouvernement avaient donné l’ordre de « bouger vite », de répondre rapidement par une opération militaire de maintien de la paix à l’aggravation de la crise en Centrafrique. Où en est-on aujourd’hui ?

On progresse… mais lentement

Une première décision a ainsi été adoptée le 20 janvier (le concept de génération de forces pour EUFOR RCA), une seconde le 10 février (la décision cadre). Près de deux mois après, la décision du Conseil européen, on n’est cependant pas encore au déploiement des forces sur le terrain. Il reste encore au moins deux dernières étapes à franchir : l’adoption du plan d’opération (OpPlan), et la décision de lancement avant de voir les forces sur le terrain. Sans oublier la génération de forces qui devra se dérouler sans anicroches et le respect des consultations ou autorisations parlementaires dans chaque pays.

Une perte d’ambition

L’impulsion des « Chefs » semble avoir perdu de sa puissance. Résultat : l’opération ne sera pas déployée avant début mars (si tout va bien !). Et ce qu’on appelle la Full Operationnal Capability – en d’autres termes toutes les forces présentes sur le terrain – ne sera pas atteinte avant la fin mai (3 mois de déploiement sont prévus). Soit plus de six mois, après les premiers plans (refusés). A l’échelle européenne, c’est plutôt rapide, par rapport à certaines missions qui ont mis près d’un an à émerger. Dans le huis clos diplomatique de salles de travail, ce peut être donc rassurant. Sur le terrain, cette pseudo-rapidité pourrait ne pas être jugée aussi performante. D’autant qu’elle s’accompagne d’un rabougrissement des ambitions : au lieu de 1000 hommes, ce sera 500 ; au lieu de se déployer à Bangui comme dans l’Ouest (là où se situent certaines exactions), ce sera uniquement à Bangui ou pour accompagner certains convois humanitaires. Et côté budget commun, c’est plutôt misère (contrairement à ce à quoi s’était engagé François Hollande).

Une traitrise budgétaire

Le budget prévu à l’origine était de près de 40 millions d’euros. Une misère au regard de ce qui est engagé par ailleurs au niveau de l’Union européenne. Il a été, au fil des réunions, ratiboisé, et réduit finalement à moins de 26 millions d’euros. Finie la prise en charge du remboursement du transport stratégique (Europe-RCA) par le budget commun. Trop cher… Plusieurs pays — à commencer par les « chers » alliés britanniques (*) et d’autres pays, radins, soucieux de leurs petites économies (Autriche par exemple) — ont estimé – pour d’excellentes raisons de procédure – qu’il était préférable de rester modeste. Pas plus tard que mardi dernier, lors d’une réunion difficile des experts budgétaires, ils ont encore refusé de rajouter au pot 3,7 millions d’euros… pour construire des baraquements pour les militaires. Trop cher encore !

Commentaire : Entre être présent rapidement, faire le job, et les sacro-saintes procédures, certains Européens semblent avoir choisi : ce sera « les procédures » ! et tant pis pour quelques centaines de morts de plus… Comment aurait dit Victoria, f… !

(*) Mis à a jour. Des Britanniques qui n’ont pas hésité à jouer double jeu. A Londres, aux députés de la Chambre des Communes, le ministre chargé des questions européennes, David Lidington affirmait, encore, que l’opération serait dotée d’un budget de 40 millions d’euros lui permettant ainsi d’avancer une contribution britannique de 5,8 millions d’euros. Dans le même temps, son représentant à Bruxelles défendait un budget à la baisse, soit en fait une contribution nationale de 3,8 millions d’euros. Sacrée baisse

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).