Le gel des avoirs de Ianoucovitch and co, c’est maintenant ! (MAJ)

Le temps des poignées des mains avec Ianoukovitch est terminé, le temps des sanctions est venu. Lady Ashton  lors de sa tentative de médiation début février avec les dirigeants ukrainiens (crédit : Commission européenne)
Le temps des poignées des mains avec Ianoukovitch est terminé, le temps des sanctions est venu. Lady Ashton lors de sa tentative de médiation début février avec les dirigeants ukrainiens (crédit : Commission européenne)

(BRUXELLES2) La question du gel des avoirs de Ianoukovitch avait été discutée la semaine dernière par les « 28 ». Le service diplomatique européen (SEAE), emmenée par Catherine Ashton, n’était pas très chaud pour ces sanctions. Et la plupart des ministres des Affaires étrangères, non plus. Ils étaient plutôt convenus d’une approche graduelle envers un Chef d’Etat toujours au pouvoir.

En finir avec les réticences, les temps ont changé

Aujourd’hui, la situation a changé et impose une rapide remise en perspective. Ianoukovitch a été déchu de ses responsabilités par le Parlement ukrainien. Il est en fuite, ou du moins dans un lieu qui n’a pas été rendu public. Ses prévarications éclatent aujourd’hui au grand jour. Et l’Ukraine est annoncée comme au bord de la faillite. Une mesure s’impose : geler les avoirs de Ianoukovitch et certains de ses proches, notamment certains oligarques.

Effet de prévention

L’effet n’est pas de punir mais d’éviter le pouvoir de nuisance de l’ancien président. Il est aussi de « geler » – le mot est tout à fait indiqué – ses avoirs en attendant une possible réquisition des autorités ukrainiennes. Cet argent de ses comptes n’a apparemment pas été gagné de façon tout à fait claire et appartient plus clairement au budget ukrainien qu’à quelques hommes. En attendant que des procédures judiciaires éclaircissent l’origine des fonds et prononcent éventuellement leur réquisition, une mesure de précaution s’impose : éviter la fuite de ces capitaux et avoirs dans d’autres pays. Si ce n’est déjà fait…

Utile pour la démocratie

L’Union européenne dispose là d’une arme, puissante, qui avait déjà été utilisée lors du printemps arabe, à l’égard des fortunes personnelles de Moubarak ou Ben Ali. Elle ne doit pas hésiter à l’utiliser ou prétexter l’effet contre-productif d’une telle mesure pour ne rien faire. Viktor Ianoukovitch a peut-être été défait. II n’est pas encore hors de course. Et la « démocratie » ukrainienne est encore bien fragile.

(Mis à jour 24 fév. 14h) Ianoucovitch sur liste noire : pas de politique fiction svp !

Interrogé par B2, lors du point de midi, le porte-parole de la Commission européenne a indiqué que le travail pour finaliser la liste des personnes « responsables de la répression » et dont les avoirs seront gelés « est en cours ». « La décision sera prise à la lumière des évènements sur place (…) Et nous avons vu qu’il y a des évolutions de la situation sur place », a-t-il aouté. A ma question de savoir si la Commission recommandait la mise sur la liste de l’ancien président « Ianoukovitch » comme d’un possible mandat d’arrêt européen contre lui, il est resté plus évasif. Se refusant à faire de la « politique fiction », il a préféré s’en tenir avec une position : « Nous attendons le résultat de la visite de Catherine Ashton », la Haute représentante de l’UE, « qui est à Kiev » et doit rencontrer plusieurs responsables ukrainiens.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).