L’Europe hisse le drapeau serbe : Историјски дан

(Crédit : Conseil de l'Union européenne)
« Je suis persuadé que le drapeau serbe restera parmi les drapeaux européens » a déclaré Aleksandar Vucic, Vice-Premier ministre serbe (Crédit : Conseil de l’Union européenne)

(BRUXELLES2 au Justus Lipsius) « Je suis persuadé que le drapeau serbe restera parmi les drapeaux européens ». Aleksandar Vucic, Vice-Premier ministre serbe, en est sûr. La première réunion sur les négociations d’adhésion qui s’est tenue hier (21 janvier) est un signe. Pour ce pays qui – il y a presque quinze ans – était encore en guerre contre l’occident et l’Europe,  le jour est « historique » ou plutôt « Историјски ». Car dans les couloirs européens, on parle maintenant serbe, on hisse les couleurs et on voit les choses en grand ! Récit d’une journée pas comme les autres pour les Balkans et l’Europe.

Jour J – istorijskij dan za Srbiju, istorijskij dan za EU (*)

J-1 dans la soirée. Sofitel de la Toison d’or. Le personnel de l’hôtel de luxe à la française accueille le Premier-ministre serbe, Ivica Dačić et sa délégation de 20 dignitaires dont le vice-Premier ministre, chargé de la Défense, Aleksandar Vučić, le ministre des Affaires étrangères serbe, Ivan Mrkić et le chef d’Etat-major, le général Ljubiša Diković.

Jour J – 8h45 Batiment Justus Lipsius. Le serbe est de rigueur dans les couloirs européens : Stefan Füle, le commissaire à l’Elargissement se fend d’un : « dobar dan i dobro došli » en guise de bienvenue !  Et le drapeau serbe est hissé bien haut. « Très fier d’avoir vu flotter le drapeau serbe devant le bâtiment du Conseil » à l’arrivée de la délégation, le Vice-Premier ministre, Aleksandar Vučić en oublie même un détail : le drapeau se trouve devant la Commission européenne –  aperçue sans doute lors de la visite de la délégation à son Président, José Manuel Barroso au petit matin – et non au Conseil comme le serbe l’entend ! Bon. C’est vrai, la Serbie a quelques années pour connaître, en détail, tout le « who’s who » des bâtiments situés autour du rond-point Schuman. La Serbie n’a qu’une peur en fait : se faire voler la vedette par un autre candidat à l’adhésion ! Et coïncidence ou non, la Turquie, et son Premier-ministre Tayyip Erdogan, sont au même moment  à Bruxelles. Une crainte presque justifiée si l’on en croit les salles de travail destinées à la Presse au Conseil, réservées dés 9h du matin par les journalistes turcs. Mais ni les Turcs ni le ciel gris bruxellois ne réussiront à gâcher la bonne humeur serbe!

L’humour à double tranchant d’Ivica Dacic 

10h20. Conférence de presse. Souriant, devant un mur d’images, de drapeaux serbes et européens, le Premier ministre Serbe Ivica Dačić plaisante. « Je suis désolé de ne pas avoir pu signer un accord aujourd’hui, car j’aurais pu mettre mon stylo dans un musée ». Interrogé sur le futur rôle de la Serbie en tant qu’acteur régional dans les relations gréco-macédonienne, il éclate de rire, la traduction s’arrête. « Avant on nous demandait de ne surtout pas intervenir, maintenant on nous demande d’aider dans les relations, c’est un grand pas! » affirme-t-il (hors traduction). « On a déjà nos problèmes. Ne nous donnez pas les vôtres ». Mais, l’humour serbe a des limites…et il s’arrête aux questions d’adhésion:« Certains sourient lorsqu’un ministre dit que nous serons prêt en 2018, mais (…) ce sera à vous Européens de savoir si vous êtes prêts à accepter la Serbie en 2020 » prévient le Premier ministre dans un sourire glacial. Car c’est l’objectif que se sont donnés les Serbes. Etre présent au début de la prochaine décennie… « Aujourd’hui est un grand jour qui marque la fin d’un début difficile….» lâche Ivica Dačić.

Nos amis les Grecs au déjeuner

13h Mission diplomatique de la Serbie. Située boulevard du Régent, à deux pas des ambassades russe et française, la mission Serbe reçoit. On y aperçoit, entre autres, le ministre grec des Affaires étrangères Evangelos Venizelos qui assume la présidence de l’UE ce semestre. La relation gréco-serbe est particulièrement soignée. Sous présidence hellénique, la Serbie est « entre de bonnes mains »  affirme Ivica Dačić. Quant à Evangelos Venizelos, il a lui « toute confiance en la Serbie pour relever tous les défis et rejoindre l’Union européenne comme un pays à part entière ». L’entente entre la Grèce et la Serbie est bien réelle et historique : la Grèce fait d’ailleurs partie des cinq pays qui ne reconnaissent pas le Kosovo – ne serait-ce que par solidarité orthodoxe. Tant et si bien que le Premier ministre serbe se lâche et parle des Grecs comme de « frères » en salle de presse, un terme que n’apprécie pas l’intéressé, qui lui rappelle son statut de « président du Conseil de l’Union européenne ». Recadrage fait, bon appétit!

Après l’effort, le réconfort?

17h Retour au Justus Lipsius. Le président du Conseil européen, Hermann van Rompuy reconnaît les efforts de la Serbie « vers la normalisation des relations avec le Kosovo ». Et à 19h, le commissaire Stefan Füle invite la délégation à diner. Si la journée touche à sa fin pour les dignitaires serbes, du chemin reste encore à parcourir. Du coté serbe, on déploie toute sa bonne volonté, quitte « à se  retrousser les manches ». Car, pour l’instant, rien n’est fait : Le chapitre 35, qui porte sur la normalisation des relations avec le Kosovo est encore à l’étude, et cette première conférence ne donne lieu à l’ouverture d’aucun chapitre de négociations. D’ailleurs, « c’est encore trop tôt » affirme-t-on du côté du Conseil.  C’est pourquoi le Premier-ministre serbe est résolument conciliant, notamment envers Pristina. « C’est mon 29ème voyage à Bruxelles, vingt de ces réunions ont porté sur le dialogue avec Pristina. Nous souhaitons approfondir ce dialogue. C’est ainsi que nous pourrons résoudre les problèmes qui se posent dans la région » La Serbie sera t-elle toujours aussi conciliante dans quelques années, quand ce sera au tour du drapeau du  Kosovo d’être hissé devant la Commission? Les paris sont ouverts…

(*) « C’est un jour historique pour la Serbie mais aussi pour l’Europe » déclare en serbe le commissaire à l’Elargissement, Stefan Füle à la conférence de presse mardi 21 janvier.

Télécharger :

  •  La déclaration du commissaire Füle ici!
  • La vidéo réalisée par le Conseil de l’Union européenne, pour le début des négociations d’adhésion, le 21 janvier

Loreline Merelle

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