L’idée d’une EUFOR RCA Bangui se met peu à peu en place. Le point

L'aéroport de Bangui, noeud névralgique pour les opérations internationales en Rép. centrafricaine (Crédit : DICOD / ministère Fr de la Défense, mars 2013
L’aéroport de Bangui, noeud névralgique pour les opérations internationales en Rép. centrafricaine (Crédit : DICOD / ministère Fr de la Défense, mars 2013

(BRUXELLES2) Après le semi-échec de décembre — interruption du processus de planification de l’envoi d’un battlegroup (Battlegroup pour la Centrafrique ? Comment Cathy a dit stop !) et incapacité à obtenir rapidement des troupes au sol malgré les demandes pressantes de Paris (Centrafrique. Les Européens arrivent, un peu…) — l’Union européenne semble, enfin, décidée à s’activer sur la question centrafricaine, ainsi que B2 l’avait annoncé sur son site dès mardi dernier.

Deux options sont étudiées : 1) autour de l’aéroport, afin de sécuriser celui-ci, ainsi que la zone alentour – le camp de déplacés par exemple qui se remplit la nuit essentiellement (EUFOR Bangui) ; 2) dans le reste du pays, à l’ouest vers le Cameroun, reprenant ainsi l’option précédemment étudiée, en novembre (EUFOR Rca). Ces deux options ne sont d’ailleurs pas exclusives l’une de l’autre. Un volet « gendarmerie » et « logistique pour la Misca » pourrait être ajouté. Lire sur le site réservé aux membres – Club (accès sur souscription) : Les premières options d’une opération EUFOR RCA Bangui

Quel est le calendrier ?

Les ministres des Affaires étrangères doivent décider lundi (20 janvier) d’une opération militaire en république Centrafricaine. Il ne s’agira que d’un feu vert politique. Il faudra encore sans doute peaufiner certains détails opérationnels, avant le déploiement réel sur le terrain des militaires.

Toute opération militaire ou mission civile de l’UE se fait, en effet, en plusieurs temps : de l’accord politique (sur un concept de gestion de crises) à la décision opérationnelle de lancement. Selon le cas, et la volonté politique, le délai entre les deux phases peut être, plus ou moins, long (*) : de plusieurs semaines à plusieurs mois.

Les premiers signes, ici, sont encourageants. Les 28 ambassadeurs du COPS – qui se sont penchés sur la question du Centrafrique vendredi après-midi (10 janvier) – ont rendu un premier avis positif. Le Comité militaire de l’UE a été saisi et doit donner son avis, ce lundi, selon les informations de B2, sur ce qu’on peut appeler à titre provisoire EUFOR RCA Bangui. Les différents groupes de travail du Conseil (avec les représentants des 28 Etats membres) et les structures de gestion de crises du Service diplomatique européen (SEAE), affinent déjà les aspects complémentaires : taille de la force, commandement, financement, etc. La plupart des Etats membres ont été testés, ce depuis plusieurs semaines déjà, pour voir qui pourrait contribuer.

Quels pays participeront ?

Aucune information ne filtre de manière officielle. Mais selon les informations de B2, outre la Belgique, voire l’Italie, qui pourraient fournir une contribution ; l’Allemagne et les Pays-Bas qui ont été approchés ; les pays de Visegrad – Pologne, Rép. Tchèque, Slovaquie, Hongrie – ont été sollicités et pourraient fournir une contribution commune. Les ministres de la Défense tchèque et polonais se sont d’ailleurs rencontrés, il y a peu, cette semaine à Prague pour en discuter.

Quels éléments seront nécessaires ?

A cette force, il faudra de l’infanterie, un peu musclée (type forces spéciales), avec quelques véhicules blindés — type véhicule de transport pour protéger les troupes mais pas de véhicule offensif type tank —, des hélicoptères ; un certain dispositif de soutien médical, comme par exemple un hôpital de rôle 2 ainsi que des moyens d’évacuation (hélicoptères Medevac) ; un petit noyau de commandement (type FHQ), sans oublier les instruments de communication (satellites, radios, liaisons informatisées, SIC dans le jargon, etc.) indispensables à toute campagne moderne.

Qui financera ?

Les opérations militaires sont financées essentiellement par les Etats membres participants à l’opération. Une petite partie des frais (noyau de commandement, communications + certains déplacements) est prise en charge par les 27 Etats membres (les « 28 » sans le Danemark qui a un opt-out sur les opérations militaires de l’UE) sur un budget commun (budget alimenté par une clé de répartition, basée sur le PiB, le mécanisme Athena).

Pourquoi les Européens s’activent maintenant ?

Il y a urgence. La situation dans la région devient critique, car ce n’est pas seulement la Centrafrique qui donne des signes de faiblesse : à l’est, le Sud-Soudan s’enflamme, au sud, le Congo n’est pas vraiment stabilisé, à l’ouest, le Cameroun reste une zone protégée mais la présence de Boko Haram dans l’extrême nord du Cameroun est un facteur de danger.

L’Europe est attendue. Toutes les conditions sont remplies pour une intervention européenne : accord de la communauté internationale (ONU) comme de l’Union africaine, stratégie de « sortie » – un point clé de la doctrine « Ashton » en matière de gestion de crise – prête avec le déploiement qui a commencé d’une force de l’Union africaine et relais des Nations-Unies, taille relativement modeste de l’engagement et durée qui peut être limitée (6 mois à 1 an).

Il y a un mandat très clair du Conseil européen. En décembre dernier, les des « 28 » Chefs d’Etat et de gouvernement ont imposé une décision rapide. C’est la première fois – depuis longtemps – que le Conseil européen pousse ainsi vers la mise en place d’une opération militaire avec un calendrier aussi impératif.

A cela s’ajoutent des éléments plus factuels et politiques. L’Europe ne peut plus, comme d’habitude, se reposer sur d’autres partenaires qui lui apportent ainsi une intervention à moindre risque. Et dans le « bilan » que se prépare à tirer la Haute représentante, C. Ashton, de son action durant 5 ans, la notion de gestion de crises doit être renforcée.

(Nicolas Gros-Verheyde, tous droits de reprise et reproduction réservés © B2)

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