Une nouvelle division des tâches en Europe ?

Canon de la forteresse de Brest (© NGV /B2)
Canon de la forteresse de Brest (© NGV /B2)

(BRUXELLES2) L’expression « tous ensemble in, tous ensemble out » souvent utilisée pour les opérations – notamment par l’OTAN en Afghanistan – semble bel et bien morte. A supposer qu’elle ait un jour été respectée, elle ne correspond plus à une réalité du moment en Europe. La nouvelle « stratégie » tient davantage à une division des tâches. On remarque ainsi une certaine répartition des rôles entre Européens par rapport au risque d’instabilité dans certaines parties du continent africain.

Les uns partent au coup de sifflet, les autres soutiennent derrière

Aux Français le soin d’aller « en force » pour préserver une certaine stabilité (Mali, Centrafrique ou Tchad hier), d’entrer en premier. Aux autres pays européens, le soin d’apporter un soutien logistique voire de reprendre le relais ensuite dans un cadre plus multinational  – européen (EUTM Mali ou EUFOR Tchad) – ou ONU (MINUSMA). Certains pays (Royaume-Uni, Allemagne, Italie, Pays-Bas…) assurent pendant ce temps, d’autres missions, de moindre intensité, comme celle menée au Sud Soudan pour évacuer les ressortissants nationaux et d’autres (dont ont bénéficié plusieurs autres ressortissants européens… et français).

Le rôle primordial de l’Union européenne

Quant à l’Union européenne, elle tient un rôle non négligeable et qu’il ne faut pas négliger. Premièrement, elle finance l’effort des Africains pour se reconstituer des forces et se restructurer. Un rôle qu’il ne faut pas tenir pour « nul ». Car il constitue en quelque sorte l’assurance que l’on pourra partir plus rapidement… qu’en Afghanistan. C’est l’exit strategy des uns et des autres. Elle finance aussi l’aide humanitaire, et de développement (premier bailleur de fonds sur la Syrie par exemple). Elle est enfin l’indispensable caisse de résonance politique qui permet de légitimer ou d’asseoir une opération. Sans ce soutien politique, difficile aujourd’hui de mener une opération en « national », sans prendre le risque d’être critiqué à la fois sur la scène nationale et sur la scène internationale.

Des théâtres d’ombre

On peut se plaindre d’être « tout seuls » (Hollande) ou de ne pas « être informés » (Merkel), voire s’alarmer de ces prétentions européennes à se doter de certains outils de défense (Cameron), c’est davantage un langage politique destiné à la scène nationale pour justifier un positionnement sécuritaire. Ce serait plus simple de le dire clairement : les Français adorent aller au casse-pipe, être les précurseurs, montrer le chemin (c’est une tradition très « Valmy » et Révolution française). Les autres adorent soutenir… de loin. On peut se gausser que l’Europe de la Défense est une illusion ou n’existe pas. De cet état des lieux, on ne peut se réjouir automatiquement. Mais il faut en tenir compte et en tirer des leçons.

Si la France veut garder ce rôle tout en faisant financer une partie des interventions par l’Europe, il y a un moyen assez simple : prendre l’astreinte sur les groupements tactiques de façon permanente. Nous aurions ainsi un « battlegroup » d’entrée en premier, de force, capable du coup de maître, rapide. Et un second battlegroup, pour des missions de moindre intensité type « évacuation de ressortissants » ou plus « structurantes » en attendant la montée en puissance d’une opération européenne ou internationale. Les deux pouvant se faire financer (un peu) sur un budget commun. Ce n’est pas tout à fait le « concept » des battlegroups. Mais il faut savoir arrêter les querelles de dogmes. En tout cas, c’en est l’esprit. C’est à ce prix que l’Europe pourra, à la fois concilier les différences des uns et des autres, tout en ne restant pas indifférente aux tragédies du monde et en étant plus réactive.

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).

Une pensée sur “Une nouvelle division des tâches en Europe ?

  • 23 décembre 2013 à 09:02
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    Donc la France devrait prendre en charge l’ensemble des GTUE… Il est vrai que si les autres États membres voient écarté le risque de devoir envoyer leur troupes, cela pourrait faciliter la décision. En plus, en effet, une partie du coût serait mutualisée. Mais seulement une partie… Il s’agirait en outre de trouver des partenaires volontaires et capables de prendre part à ce GT, car contrairement à ce qu’on pu dire des « experts », la France ne peut plus fournir un GT en permanence (c’est mathématique), mais il s’agit la d’un autre problème (LPM…).
    Résumons: des EM capables et volontaires, un blanc seing à 28, un financement partiel sur fonds communs… ça s’appelle une CSP! Or la CSP c’est bien beau mais il y a un grand principe qui en fait les frais au passage : le principe de solidarité ne serait pas correctement traduit par la prise en charge – bien trop limitée – d’une partie des coûts du déploiement. La encore, c’est mathématique.
    Or soyons clairs: la France a l’arme nucléaire (et rappelez vous Cherbourg. le discours, qui parle aussi de parapluie); la France intervient et pas les autres; le France paie à l’UE et à l’OTAN, de bonne grâce (encore un peu de maths: combien coûte à la France un déploiement pour un exercice majeur type Steadfast Jazz?).
    On peut être pro-UE (c’est mon cas) et comme vous désespéré du manque de dynamisme militaire de la PSDC. Nous ne pouvons pas demander sans cesse au contribuable français d’assumer le coût de ces convictions qui, une fois encore, sont bonnes, mais placent nos concitoyens dans l’inégalité par rapport aux pays qui se sont volontairement repliés sur eux mêmes, sauf quand ça les arrange.

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