Les battlegroups européens : missing in (no) action !

(crédit : ministère néerlandais de la Défense, archives 2006)
(crédit : ministère néerlandais de la Défense, archives 2006)

(BRUXELLES2) Les groupements tactiques (GT1500) – aussi nommés battlegroups – européens semblent condamnés à rester au garage… Une fois de plus ! Malgré une discussion au COPS, le Comité politique et de sécurité, il ne semble pas question, pour l’instant, d’un décollage de troupes européennes pour le Centrafrique. Interrogé par plusieurs journalistes dont B2, le porte-parole de Catherine Ashton est ainsi resté très évasif sur cette éventualité. « Il n’y a pas de proposition concrète en tant que telle sur la table. Ce sont des idées qui sont discutées. »

Vous êtes obsédés par les battlegroups

« Nous étudions des options différentes pour aider la communauté internationale » a indiqué le porte-parole, jugeant qu’il n’y a pas que l’option de l’envoi d’un battlegroup qui peut être envisagée. « Vous êtes obsédés par les battlegroups » a-t-il lâché. Mais « notre réponse ne se limite pas aux seuls aspects militaires ». « L’approche européenne est une approche globale » avec des financements pour aider à mettre en place la mission africaine (lire : 50 millions d’euros pour la MISCA) et « l’aide humanitaire ».

Une décision à l’unanimité

« Tout reste ouvert pour l’instant. Tout est toujours sur la table » a-t-il assuré, ne cachant pas cependant qu’il y avait peu de chance d’avoir une décision. « Toute décision sur les options de la politique de défense est basée sur une décision à l’unanimité. C’est pour ça qu’on continue la discussion. »

Commentaire : chacun se renvoie la balle

De fait, entre le Royaume-Uni et les Pays-Bas peu enclins à envoyer des troupes au sol, sous drapeau européen, par principe ou par pragmatisme, et des Grecs, Roumains et Bulgares désargentés, l’Europe préfère la stratégie du carnet de chèques à celle de l’emploi de la force… Il faut dire que Paris n’a – semble-t-il – pas vraiment demandé l’intervention d’un battlegroup (groupement tactique). Du moins, c’est ce qu’il se dit à Bruxelles. Paris réfute cette argumentation mais a effectivement demandé aux capitales européennes, différents moyens logistiques sachant d’emblée que l’option du battlegroup paraissait à la fois peu soutenue par le SEAE et les Etats membres de permanence.

L’option « dure » n’a pas la cote

Les spécialistes européens ont bien préparé, sinon un projet, du moins différentes options. Mais au niveau des ambassadeurs, il ne semble pas que l’option la plus « dure », l’envoi d’un battlegroup, ait la faveur du moment. Cette option n’a d’ailleurs pas vraiment été soutenue énergiquement du côté européen, sachant que le refus était au bout… On s’orienterait plutôt vers une intervention de second niveau : pour aider au désarmement, à la réintégration des rebelles, ou restructurer l’armée ou les forces de sécurité centrafricaine, une fois la crise aiguë passée, un peu à la manière de ce qui a été fait pour EUTM Somalia ou EUTM Mali.

Une Europe l’arme au pied

De fait, s’il y a un certain nombre de « bonnes » raisons qui s’opposent ou retardent l’envoi d’un battlegroup européen, on ne peut s’empêcher d’être très perplexe. Sur la République centrafricaine, comme pour le Mali, il y a un certain consensus international et une volonté africaine. Le risque de voir le pays devenir un Etat failli et de s’enfoncer dans des violences civiles, ethniques, religieuses, inextricables est palpable pour ne pas dire avéré. Il y a une résolution des Nations Unies autorisant le recours à la force. Tous les paramètres sont donc réunis. Mais, malgré tout, l’Europe reste l’arme au pied.

Un mauvais signal

A deux semaines d’un sommet consacré à la Défense, l’Europe envoie, là, un mauvais signal, un signe d’une extrême faiblesse. Une « puissance », capable de discuter, de financer, de batailler dans les corridors diplomatiques ou commerciaux, certes. Mais incapable, le moment venu, de venir au secours d’un pays ou d’une population qui n’en peut plus, de faire la différence, en stabilisant un pays. La « valeur stratégique » du battlegroup, de la force de réaction rapide européenne, tant vantée dans les réunions ministérielles, et dont chaque Etat se targue de sa participation, est en passe de se réduire, à la manière d’une bulle spéculative. Alors que l’Europe dispose (théoriquement) de près d’un million et demi de soldats sous les drapeaux nationaux, il faudra un moment se poser la question de savoir quelle est la rentabilité de cet investissement… si on est incapable d’envoyer 1500 hommes en soutien d’une opération internationale (ONU, Union Africaine) et à laquelle participe un de ses Etats membres…

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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