Les militaires français quittent le Kosovo

Relève des Américains au camp Cabra par l'escadron d'éclairage et d'investigation français (Crédit : Ministère français de la Défense / DICOD)
Relève des Américains au camp Cabra par l’escadron d’éclairage et d’investigation français (Crédit : Ministère français de la Défense / DICOD)

(BRUXELLES2) La France devrait confirmer à la prochaine conférence de génération de forces son retrait de la KFOR, la force de l’OTAN au Kosovo.

Un retrait progressif

« Le contingent français, fort d’un peu plus de 300 hommes, dont beaucoup s’occupaient de logistique (*), va être retiré » a confirmé un diplomate. Ce sera fait « de façon progressive ». Le retrait a, en fait, déjà commencé au camp de Novo Selo (entre Pristina et Mitrovica) ; les premiers éléments seront rentrés avant la fin de l’année. Et toute l’opération s’étalera jusqu’à juin.

D’autres besoins ailleurs

Pour l’hexagone, il y a des réalités bien concrètes à assumer : l’intervention au Mali se prolonge tandis que se prépare une intervention en Centrafrique, où la France va fournir une bonne partie de l’effort toute seule. Du moins dans « l’entrée en premier ». Ce que résume notre interlocuteur : « Nous avons des besoins ailleurs effectivement. Nous sommes confrontés à des choix. »

Le format de la KFOR doit être adapté

Paris ne partage également pas l’analyse de certains pays qu’il faut maintenir les effectifs de la Kfor à un niveau élevé (environ 5000 hommes). La France estime qu’il est temps aujourd’hui de réfléchir à une réduction du format, pour passer d’ici l’année prochaine, à ce que les experts de l’OTAN appellent Gate 3 : c’est-à-dire une réduction d’environ la moitié de l’effectif, essentiellement concentré sur la zone à risques (le nord du Kosovo) et la présence d’une force de réserve « off shore », hors du pays, à la manière dont est organisée la force européenne en Bosnie-Herzégovine (EUFOR Althea). « Nous n’avons pas vraiment besoin d’une force aussi robuste au Kosovo. Il n’y a pas vraiment de risques au sens militaire du terme. Et si on regarde la façon dont se sont globalement déroulées les élections, elles se sont relativement bien déroulées. (…) Il est logique d’adapter la posture de l’OTAN, de passer d’une présence massive à une présence de dissuasion. »

Qui va remplacer ?

Les alliés ont été « prévenus ». Certains avaient déjà, discrètement, pris la poudre d’escampette : les Britanniques par exemple qui n’ont plus qu’une présence symbolique dans le pays, même s’ils se refusent à anticiper une réduction du format. D’autres pays – qui ont un intérêt dans la région – pourraient venir remplacer les Français, les Autrichiens par exemple auraient manifesté leur intérêt, selon nos informations. Ce sera ainsi la fin d’une quinzaine d’années d’engagement dans le pays.

Transition vers l’Union européenne

Du coté français, on milite pour une transition de l’opération au Kosovo de l’OTAN vers l’Union européenne. « A terme, l’Union européenne pourrait prendre des responsabilités plus grandes en matière de sécurité dans la région. Ce serait logique car il y a une perspective européenne » tracée pour le Kosovo comme la Serbie. Un peu comme pour l’opération EUFOR Althea, mais sans le système de commandement mixte Otan-Ue, dit « Berlin Plus ». Il semble cependant que beaucoup de pays soient plutôt « réservés » à cette perspective et peu enthousiastes à l’idée de changer à la fois l’organisation-cadre et le système de commandement. Difficulté encore renforcée pour les cinq pays de l’UE qui ne reconnaissent pas le Kosovo.

(*) Le contingent français dit « Trident » est fort de 320 hommes selon l’Etat-Major des armées : une unité de manoeuvre (escadron d’éclairage et d’investigation EEI) et un élément de soutien national (ESN)

Commentaire : la réticence de certains pays à se retirer est sans doute dictée par des considérations sécuritaires mais aussi plus directement domestiques et un peu moins avouables. La présence en nombre au Kosovo a plusieurs avantages : terrain relativement peu risqué (le dernier incident grave remonte à novembre 2011 où 20 soldats de la Kfor ont été blessés, dont 2 graves, 2 Autrichiens), engagement pas très loin de la maison, dans une zone très maîtrisée, où un certain confort peut être assuré aux soldats et avec une bonne visibilité.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).

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