La ratatouille Hollandaise

Ratatouille@(BRUXELLES2 au Sommet européen) En quelques jours, François Hollande s’est livré à un exercice de cuisine hautement risqué… Parti en assurant que l’opération Sangaris ne coûterait pas un sou aux Français, il est arrivé au sommet européen en disant qu’il recherchait un soutien pas seulement financier mais surtout symbolique, pour « européaniser » l’opération française, avant de finir par expliquer quasiment le contraire : il ne s’agissait pas pour la France d’obtenir un soutien européen puisque cela ne s’inscrit pas dans une opération européenne. « Ça ne coûtera pas très cher en fait ». Nous avons donc reconstitué la ratatouille hollandaise.

1. Commencez par vous assurer d’avoir tous les ingrédients nécessaires : crise humanitaire, crise sécuritaire, ajoutez quelques éléments terroristes à portée de main. C’est mieux. Une pincée de Boko Haram, d’analyse stratégique d’un continent en crise. Un quasi-génocide.

2. Veillez à avoir tous les ustensiles sur votre plan de travail : bases militaires à proximité, des hommes déployés au préalable déjà sur le terrain, le contrôle de l’aéroport…

3. Obtenez une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU : c’est obligatoire. Lancez le tout vite fait sur le feu car il y a urgence, humanitaire.

4. Pour éviter d’être interpellé sur le coût d’une telle opération, dites que c’est l’Europe qui paiera. Sur la scène nationale, ça a des chances de passer. Si l’on vous interroge, embrouillez les réponses. Ce n’est pas le « financement que l’on cherche », c’est un « soutien logistique, enfin surtout un soutien symbolique ».

5. Si on insiste, employez un mot-clé : nous allons « européaniser » l’opération française en Centrafrique. Et donnez des exemples. Il y a déjà des pays européens — l’Allemagne, le Royaume Uni, la Belgique, la Pologne, l’Espagne, les Pays-Bas. Quelques avions européens et 50 aviateurs polonais, un peu au sol, un peu en l’air. Les Polonais seront là « avec 50 militaires », enfin ce sont des « aviateurs, vous savez un aviateur ça vole ». L’important est de faire rire la galerie. Lorsque vous avez fini, gardez-les au chaud dans un cocon diplomatique.

6. Une fois la mission « européanisée », le financement européen est automatique. Enfin, presque ! C’est simple comme un coup de fil… à Cathy (Ashton). Bien sûr, il y a toujours des Angela (Merkel), des Werner (Faymann), de Elio (Di Rupo), qui vous disent qu’il faut respecter les procédures européennes : une opération européenne, c’est une décision européenne, à l’unanimité, des règles communes, etc. Bon ! Remuez, couvrez, et laissez cuire ainsi, à feu doux pendant quelques heures.

7. Évoquez le financement. « J’ai souhaité la révision du système de financement des missions et les Européens ont donner droit à cette demande ». Pour cela, n’hésitez pas à chercher dans vos tiroirs. Vous trouverez surement le mécanisme Athena. « Il y aura, notamment pour la Rép. centrafricaine, une meilleure utilisation du dispositif Athena, c’est-à-dire une plus grande mobilisation de ces fonds pour toutes les missions, comme celle qui peut être décidée pour la Rép. centrafricaine ». Ajoutez un peu d’oignon, de sel, de poivre. C’est un peu fade et compliqué tout ça. Vérifiez régulièrement votre préparation en remuant de temps en temps.

8. Une fois la mission prête, n’oubliez pas la petite feuille de menthe fraîche. La pointe d’ironie à la française. La mission, devenue européenne, financée par l’Union européenne, avec quelques Européens, pour le decorum, une quelconque passation de commandement abîmerait le chef d’oeuvre. « Ça non. Le commandement restera … français. » Etre Européen oui… Mais un (petit) peu !

(Leonor Hubaut & Nicolas Gros-Verheyde)

Commentaire : le calendrier s’accélère sur le Centrafrique

En écoutant le président de la République, François Hollande, au Conseil européen, particulièrement confus et brouillon, on pourrait avoir l’impression que la « France » a connu à Bruxelles une sévère… dérouillée. Mais même si certains commentaires peu amènes ont été entendus dans les couloirs, il faut considérer les faits et non les dire.

1° Alors que personne ne s’attendait à ce que l’Europe se penche, d’une part, sur les questions de financement des opérations militaires (une question bloquée depuis des années), d’autre part, prenne sérieusement une option sur une mission/opération PSDC en Centrafrique (civile ou militaire, voire les deux), le Conseil européen a indiqué sa volonté de voir l’Union européenne prendre « rapidement » des décisions sur ces deux sujets. Ce sera fait : le plus tôt possible pour le financement des opérations ; dès le 20 janvier pour la mission PSDC (lire les détails sur B2 Le Club : options d’une mission).

2° C’est une première ! Jamais un Conseil européen n’avait donné un tel ordre de marche sur une mission de la politique (européenne) de sécurité et de défense commune de façon aussi claire et précise. Tout autant que les 22 paragraphes des conclusions sur la politique de défense européenne, cette avancée doit être remarquée.

Les vacances vont être courtes…