Strasbourg est-il toujours le symbole européen ?

Tout regrouper à Bruxelles ? Ici la place du Luxembourg à Bruxelles (© NGV / B2)
Tout regrouper à Bruxelles ? Ici la place du Luxembourg à Bruxelles (© NGV / B2)

(BRUXELLES2)  Le siège du parlement européen à Strasbourg est effectivement un sujet récurrent dans la politique européenne. Et il devient plus accru avec la crise économique. Année après année, les partisans d’un regroupement du Parlement à Bruxelles gagnent du terrain. Et ce mouvement semble inéluctable. Les autorités françaises ont pris avec retard la mesure du relatif isolement de cette position. Ce n’est pas seulement au plan des difficultés d’accès (aujourd’hui à peu près résolues, avec l’arrivée du TGV et de nouvelles lignes aériennes). C’est au plan des symboles…

Quelle ville en Europe est le symbole de la réunification européenne ?

L’élargissement à l’est de l’Europe a fait perdre à la capitale alsacienne tout son symbole de réunification qu’elle avait au plan de l’Europe, qui reposait sur le couple franco-allemand. S’il y avait aujourd’hui un lieu où implanter un Parlement symbole de la réunification européenne, ce serait sans doute davantage Berlin qui l’emporterait. Et, dans 10 ans, Sarajevo. Mais sûrement pas Strasbourg ! Je n’ai rien contre cette ville effectivement agréable et qui s’est largement embellie ces dernières années avec l’arrivée du tramway notamment (*).

Blocage français mais pas seulement

On sait cependant que ce sujet est bloqué. Car il est inscrit dans le Traité. Et modifier le Traité aujourd’hui, avec le processus de ratification qui s’ensuit est assez hasardeux. On sait déjà qu’il y aura un veto d’au moins un ou deux pays (France et Luxembourg, car une partie du siège est à Luxembourg). Voire plus… Car aucun Etat membre n’est épargné par la répartition — on pourrait même dire le saupoudrage ! — d’établissements divers et variés dans toute l’Europe. Quand chacun va commencer

Strasbourg ou les agences ? Il va falloir choisir une logique

Remettre en cause Strasbourg est assez facile. Mais n’est pas suffisant… Il faut remettre à plat tout le dispositif européen qui a parsemé toute l’Europe de petites agences un peu partout. Certaines effectuent un travail totalement indépendant de celui effectué par l’Union européenne (le centre satellitaire à Torrejon, l’agence des médicaments à Londres ou l’Office des marques à Alicante) et leur éloignement pose peu de problèmes à l’heure de l’internet. Pour d’autres, c’est plus délicat, car le travail est très complémentaire de celui effectué par la Commission européenne. Là aussi, il y aurait sans doute (sûrement) des économies à produire. Je pense à l’agence Frontex situé à Varsovie, l’agence de l’environnement à Copenhague, la Fondation sur l’amélioration des conditions de travail à Dublin, l’agence de sécurité maritime à Lisbonne, l’agence de formation à Turin, etc. Et j’en oublie ! (pour voir la longue liste officielle c’est ici).

Supprimer, regrouper, colocaliser, rationaliser

Dans tous les cas, on doit regarder agence par agence leur utilité.

  • Dans l’option « basse », certains regroupements (colocalisation) auraient l’avantage de supprimer certains frais généraux : pourquoi pas l’Office des Marques à Luxembourg, auprès de la Cour de Justice, cela a une logique puisqu’il agit ? Pourquoi ne pas mettre Frontex à La Haye aux côtés des agences Europol et Eurojust ? Pourquoi garder l’Agence des Droits fondamentaux à Vienne ?
  • Dans l’option moyenne, certaines de ces agences pourraient être sinon être intégrées du moins mieux couplées avec leur Direction générale de rattachement.
  • Dans l’option haute, il ne faut pas hésiter à supprimer certaines agences ou les regrouper. Dans tous les cas, à l’heure de la diminution des personnels dans les institutions européennes et des restrictions budgétaires, un peu de rationalisation ne serait pas superflu.

Au passage, on pourrait aussi revoir cette désagréable habitude qui voit certains conseils des ministres se dérouler à Luxembourg (en avril, juin et octobre).

C’est compliqué…

On le voit supprimer Strasbourg ne se fait pas d’un coup de crayon. Il faut aller plus loin… Et, là, ca se complique singulièrement. Les discussions sur le siège des institutions comme des agences ont toujours été et sont toujours la partie la plus compliquée et la plus longue de toutes les discussions communautaires. Tous les diplomates vous le diront. La première discussion sur le sujet (pour le Parlement européen) a duré plusieurs heures et même plusieurs jours.

Détails dans les archives du Club de B2 : Le siège du Parlement européen au fil des temps. Une longue série d’escarmouches.

(*) A lire aussi l’excellent billet de ma confrère Anne Blanpain de la RTBF avec qui je partage la remarque sur les tarifs des hôteliers, à l’exception d’un ou deux, dont je tairai le nom (confidentiel défense ;-))

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).