L’exploitation du gaz de schiste en Europe : des avis très partagés

(Archives) L’exploitation du gaz de schiste suscite des points de vues très divergents en Europe. Certains pays ont interdit. D’autres ont commencé à exploiter. Entre les deux, certains se tâtent et effectuent des études préliminaires…

Le principe affiché est en effet la liberté de choix. « Chaque État membre est libre de déterminer ses sources d’énergie » a confirmé un porte-parole de la Commission européenne. « Ils peuvent déterminer également selon quels critères, ils peuvent délivrer une licence ou non d’exploitation. »

Qui interdit, qui autorise, qui hésite ?

Ceux qui ont interdit

Aujourd’hui, seuls quelques États ont interdit la fracture hydraulique, comme le montre une étude de l’Institut Thomas More. Outre la France, on trouve la Bulgarie, certaines régions allemandes (Land de Rhénanie du Nord-Westphalien), espagnoles (Cantabrie) et suisses (cantons de Vaud et Fribourg). Quant aux Pays-Bas, ils ont imposé un moratoire.

Ceux qui ont commencé à exploiter

Au Royaume-Uni, le moratoire sur la fracturation hydraulique a été levé en décembre 2012. Et des forages exploratoires, par fracturation hydraulique, sont en cours. Quelques autres pays – essentiellement à l’Est de l’Europe – ont non seulement autorisé des exploitations hydrauliques mais commencé à donner des permis. C’est par exemple le cas en Pologne. Une exploitation « à titre expérimental » est en cours, avec commercialisation prévue pour 2015. En Hongrie, des forages exploratoires par fracturation hydraulique en cours. En Lituanie, un permis d’exploration est délivré.

Ceux qui hésitent

En Allemagne, un projet de loi interdisant la fracturation hydraulique au niveau fédéral a été rejeté par le Parlement en décembre 2012. Des études préliminaires sont en cours. La situation varie ensuite selon les Länder. 13 permis d’exploitation ont ainsi été délivrés.

Au Danemark, des forages d’exploration sont prévus en 2013 par Total, à Nordjylland et Nordsjælland, sous réserve d’autorisation. Des tests de fracturation hydraulique sont envisagés en 2014. Les 70 permis déjà accordés et les 25 autres demandés.

En Espagne, des études préliminaires et des forages exploratoires (sans fracturation hydraulique) sont en cours dans les régions d’Aragon et du Pays basque. Mais ils concernent uniquement des études sismiques et des forages exploratoires.

Pour en savoir plus : l’étude de l’Institut Thomas More.

Trois études de la Commission, contradictoires

L’exploitation du gaz de schiste recueille un avis mitigé des experts européens. La Commission européenne avait publié, il y a un an, trois études sur trois aspects : environnemental, énergétique, climatique.

Côté environnemental, le bilan est plutôt négatif. L’extraction du gaz de schiste entraîne « généralement une plus grande empreinte écologique, plus importante que l’exploitation de gaz conventionnel ». Il y a des « risques de contamination des sols et eaux souterraines, d’appauvrissement des ressources en eau, de pollution de l’air et sonores, d’occupation des terres, de perturbation de la biodiversité et d’impacts liés à la circulation ».

Côté énergie. L’étude est positive. S’appuyant sur l’exemple des Etats-Unis, l’exploitation permet de disposer de « plus grandes réserves au niveau mondial », et aboutit à une baisse de prix du gaz.

Côté bilan climatique, la troisième étude montre que l’exploitation du gaz de schiste entraîne des émissions de gaz à effet de serre plus importantes que le gaz naturel classique produit à l’intérieur d’un pays européen. Mais si cette production est « bien gérée », il y a moins de gaz à effet de serre que pour le gaz importé, que ce soit par gazoduc ou par méthanier, du fait de l’impact sur les émissions provenant du transport de gaz à longue distance.

Le Parlement européen prudent

Le démarrage de l’exploration de schiste bitumineux et de gaz de schiste dans certains pays de l’UE devrait être soutenu par des « régimes de réglementation solides », avait indiqué le Parlement européen, qui a adopté deux résolutions en novembre dernier. Les États membres devraient également être “prudents” sur l’autorisation d’exploiter en attendant l’analyse qui déterminera si un règlement européen est approprié.

(Nicolas Gros-Verheyde pour Ouest-France

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).