La vierge effarouchée

GsmFestivalFil062a(B2) Les écoutes pratiquées par la NSA ont semé, un peu, l’émoi depuis quelques heures dans les couloirs du conseil européen. Et causé un peu de retard à la réunion. Effectivement, il y a de quoi. Les États-Unis écoutent leurs alliés, et leurs dirigeants. La chancelière allemande Angela Merkel placée sur écoute. Une surprise 🙂 Un drame ! Effectivement ce n’est pas très gentil, pas très fair play. Mais autant être sûr de ses alliés, détecter ses failles ou ses faiblesses, et voir s’il ne négocie pas avec des tiers recommandables ou non, cela peut paraitre évident (*).

Une question d’autonomie stratégique avant tout

Normalement les conversations des chefs d’Etat et de gouvernement sont protégés par des systèmes cryptés. Or, ces systèmes cryptés sont toujours approuvés par les autorités nationales mais souvent avec l’accord implicite voire explicite des autorités US. C’est tout le problème de l’autonomie technologique et stratégique de l’Europe qui est ainsi en fait posée. Si l’Europe ne veut pas être écoutée par son allié intime, elle doit d’abord posséder une technologie autonome et non « partagée » avec celui-ci. C’est un choix. Les chefs d’Etat et de gouvernement voudront-ils le faire ?

Se doter des technologies clés

Si l’Europe ne veut pas être dépendante des États-Unis, elle peut le faire, et décider d’appliquer une « préférence européenne » pour ses industries sensibles. Mais, pour l’instant, on ne semble pas en prendre le chemin. Les ministres de la Défense européens sont ainsi en passe d’approuver des systèmes de cyber-défense en commun, au niveau de l’OTAN. La différence entre la cyber-défense et la cyber écoute… est relativement faible. Et ceci n’est qu’un exemple. On reste un peu schizophrène en la matière.

Des choix stratégiques à faire

Sur nombre de choix stratégiques, certains États membres préfèrent toujours s’aligner sur l’ami américain qui fournit une technologie, testée, interopérable, parfois moins chère. A partir du moment où on choisit cet alignement, que les dirigeants puissent être écoutés est quasiment inhérent à ce choix d’alignement. Ou du moins, il ne faut pas en être choqué. Le risque aujourd’hui de l’espionnage n’est-il pas plutôt de pays qui ne sont pas alliés — comme la Chine, la Russie et les autres —, qui entretiennent un réseau d’espionnage qui n’est peut-être pas animé des mêmes intentions que le dispositif américain.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) Ceci n’excuse pas, en revanche, les écoutes massives criblant une large part de la population. Nous sommes là en face d’une violation de la vie privée qui ne peut vraiment être évoquée dans le cas.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).