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Gros soupir

ChampTracteurBerry026a(BRUXELLES2) La visibilité de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC) est un point qui figure à l’ordre du jour du sommet de décembre. Un point qui a été rajouté à la demande de plusieurs participants (d’Etats membres notamment). A juste titre. Car la PSDC s’est développée, ces derniers temps, dans l’ombre. Alors que sur le terrain cela bosse, on ne perçoit souvent que peu le résultat de cette activité. C’est un euphémisme…

A pas lents

Le briefing de midi où sont réunis la presse et les porte-paroles de la Commission (*) donne rarement lieu à une communication sur ce sujet. Même quand il s’agit de donner une nouvelle “positive”. Et quand une question est posée sur l’utilisation des battlegroups ou la position de la Haute représentante sur une zone de crise, on s’attire en général un “gros soupir”, suivi d’une marche à pas très lent vers le podium, la plus lente possible, histoire de bien marquer que cette question n’a pas vraiment, mais pas vraiment, d’intérêt. Et qu’elle ennuie tout le monde.

En général, la réponse tourne autour d’une réponse type : “nous allons nous renseigner et nous revenons vers toi”. Avec variation en si mineur, du genre « je ne suis pas au courant. Je me renseigne » ou en ut mineur « la question n’est pas à l’ordre du jour actuellement ». Le manque d’appétit était si visible que, récemment, un collègue a été obligé de se fâcher un peu pour souligner que la question (portant sur la crise en Centrafrique) méritait un peu d’intérêt, n’intéressait pas qu’une personne mais tous les journalistes, et qu’elle méritait une réponse tout de suite. Cette situation n’est pas le fait des personnes, elle recèle une absence de volonté politique.

Analyse

Il y a quelques jours, j’ai donc publié une petite analyse de cette absence, pour en chercher non seulement les causes mais aussi, et surtout, proposer des solutions. Se plaindre est toujours facile, proposer des remèdes est plus ardu. Cet article a été publié dans le Club de B2 (réservé aux abonnés). Car le sujet concerne a priori un public plus spécialisé. L’article permettait aussi de compléter mon intervention, effectuée à Paris cet été, lors d’un séminaire à l’Ecole militaire, à l’invitation de la Présidence lituanienne de l’UE et du ministère français de la Défense, qui m’avaient demandé de plancher sur ce thème. Séminaire où étaient présents de nombreux responsables, du SEAE, des Etats membres ou les ministres des deux pays (France, Lituanie)…

Des solutions

Ces solutions n’étaient pas sorties d’un chapeau, ou d’une conversation de bar, mais procédaient de l’expérience et de discussions avec différents acteurs de cette politique (ministres, diplomates, militaires, journalistes…), à Bruxelles et sur le terrain. En soi, elles n’étaient d’ailleurs pas très originales. Mais, apparemment, elles ont touché un point sensible. Car le service du porte-parole de Lady Ashton a cru bon de m’adresser un “droit de réponse” avec injonction de le publier sur la page concernée.

La reconnaissance du travail mené

Une procédure plutôt rare et qui n’a été que peu employée, même quand les journaux tiraient à boulet rouge sur Catherine Ashton ou la diplomatie européenne (la sortie de mon collègue du Soir sur la “diplomatie européenne un désastre” ce vendredi au Bozar n’a suscité aucun commentaire par exemple). C’est, d’une certaine façon, une marque de reconnaissance, pour B2 et la qualité du travail mené, de façon quotidienne.

Un vrai droit de réponse ou un moyen de pression

Il ne faut pas le nier cependant, cette démarche cache à peine une volonté de faire pression. Ce que dit cet article, c’est simplement ce que nombreux disent et pensent tout bas mais ne peuvent exprimer publiquement. La manière d’utiliser le droit de réponse (*) le prouve : au lieu de l’adresser au directeur de publication comme le veut la loi, et la règle en usage, il a été adressé à moi-même (l’auteur de l’article). Sur un ton comminatoire. La menace à peine voilée de boycott des informations et l’appel à la nécessaire “responsabilité” et “honnêteté” des journalistes apparait assez déplacée…

Place au débat

Le SEAE n’est pas abonné au Club. Mais il semble bien qu’il le lise en douce, en cachette 😉 ! Afin que non seulement Catherine Ashton mais aussi chacun puisse ainsi prendre connaissance de ce qui a été écrit, ainsi que la réponse – qui confirme à bas mots ce que je dis -, j’ai décidé d’ouvrir cet article (publié sur le Club de B2, réservé aux abonnés) à la lecture générale. Chacun pourra ainsi se faire une libre opinion !

Lire : PSDC peu visible, diplomatie publique absente. Pourquoi ? Comment y remédier ?

A suivre sur ce blog : Coincidence… un exemple de “mauvaise volonté” !

(maj : jeudi 14 octobre, précisions grammaticales)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).