Les “28” face au casse-tête des migrants

Après le drame de Lampedusa, les Européens hésitent à changer de politique d’immigration.

(BRUXELLES) Les 28 Chefs d’Etat et de gouvernement réunis à Bruxelles trouveront aujourd’hui sur leur table un dossier de plus : l’immigration. Ce sujet ne devait pas, à l’origine, figurer à l’ordre du jour d’une réunion davantage dédiée à l’économie numérique et aux initiatives en matière d’emploi. Mais la tragédie de Lampedusa comme le raz-le-bol des pays du « Sud » a fait monter le dossier d’un cran supplémentaire. « On ne peut pas continuer comme çà » lâchait il y a quelques jours Enrico Letta, le président du conseil italien, appelant ses homologues européens à une prise de conscience. « Nous avons le sentiment que nous sommes abandonnés dans cette opération. L’Europe ne peut fermer les yeux » renchérissait le Premier ministre maltais, Joseph Muscat  « Au train où vont les choses, nous sommes en train de construire un cimetière dans notre mer Méditerranée ».

Un appel que Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen, a bien pris garde de relayer. Sa lettre d’invitation officielle envoyée aux 28 chefs d’Etat et de gouvernement, que Ouest-France a pu consulter, ne prévoit ainsi qu’un simple « échange de vues » sur les « récents évènements tragiques en mer ». Et la seule proposition consistante, évoquée en coulisse, est la création d’une « task force » chargée de préparer un rapport pour… le prochain sommet en décembre ! Une prudence, qui s’explique, selon un diplomate européen. Le sujet est sensible à l’approche d’échéances électorales, marquées par une poussée généralisée en Europe, des partis eurosceptiques ou d’extrême-droite. Et les pays nordiques et du centre de l’Europe, comme la Suède et l’Allemagne, estiment en faire déjà assez, et ne veulent pas payer un euro de plus. Le budget de l’agence Frontex, chargée de coordonner le contrôle aux frontières, reste dramatiquement bas : à peine 60 millions d’euros par an.

Seul le Parlement européen maintient le cap. Dans une résolution votée hier, il appelle les Européens à un peu plus de « solidarité et de responsabilité », à se doter « d’une stratégie coordonnée » en matière d’immigration. Il propose notamment d’avoir une « répartition des demandeurs d’asile » entre les pays. « Il faut distinguer les réfugiés demandeurs d’asile qui sont des personnes en détresse nécessitant notre aide d’une part, des migrants économiques et des clandestins d’autre part. » explique en effet Véronique Mathieu, eurodéputée UMP. « Il faut aussi se doter d’un corps de gardes-côtes européens ». Une idée généreuse, souvent évoquée, jamais réalisée.

Nicolas GROS-VERHEYDE pour Ouest-France