Au-dessus des pays baltes, des avions de l’OTAN veillent

(crédit : armée de l'air française / 118)
(crédit : armée de l’air française / 118)

(BRUXELLES2 à Vilnius) La surveillance aérienne des pays baltes (Baltic air policing) est assurée à tour de rôle par les pays de l’OTAN : les pays baltes ne disposant pas d’une aviation de chasse apte à effectuer cette mission. Une sorte de pooling and sharing avant l’heure. Chaque nation se relaie ainsi sur la base de Siauliai (Lituanie) pour 4-5 mois environ : les Français hier (de la 118 de Mont-de-Marsan), les Belges aujourd’hui, les Américains demain, etc. J’ai voulu en savoir un peu plus en discutant avec des militaires qui ont assuré ou assurent cette permanence.

Une mission qui n’est pas tout à fait de routine

Cette mission permanente, peu connue, pourrait en effet prendre un tour plus crucial si les tensions avec la Russie ressurgissaient, notamment à l’approche de la signature des accords d’association avec l’Ukraine (en novembre) et le renforcement des liens avec les pays du Partenariat oriental. Point que Moscou considère d’un oeil méfiant.

Une chaîne de commandement OTAN

Si chacun reste maitre d’afficher quelques caveats (restrictions d’emploi) sur cette mission, « les règles d’engagement sont celles de l’OTAN ». Toute la chaîne de commandement est celle de l’OTAN, avec une chaîne de détection qui part du radar de l’OTAN et un centre de surveillance régional mixte, situé à Karmelava près de Kaunas (Lituanie). Celui-ci réunit les contrôleurs des trois pays qui ont été formés pour cela et ont pris la main du contrôle. Les Baltes sont « très ouverts. Ils veulent apprendre un maximum de choses, cherchent à se mettre à niveau. » Les ordres sont donnés par le CAOC de Euden (Allemagne) qui donne les ordres de décollage. Les autorités nationales sont prévenues cependant « chaque fois qu’on décolle pour une mission réelle ».

Une grille d’interception variable

La « grille d’interception » des avions est assez « classique ». Elle varie cependant. Cela « dépend de la nationalité de l’appareil et de l’attitude de l’avion ». Pour « certaines nationalités « (Nb : américains par exemple), il n’est pas prévu d’interception, « sauf s’ils n’ont pas une attitude suspecte ou hostile ». L’interception se fait aussi par tous les « moyens habituels : reconnaissance à vue, contact radio, etc. » Des accords ont été négociés avec les Russes, avec un corridor permettant la circulation d’appareils de transport, notamment vers Kaliningrad. Clairement, ce sont les avions russes – de chasse ou d’entraînement – qui sont dans le collimateur. Et les débordements ne sont pas rares… « On n’est pas vraiment là à cause de la Suède et de la Finlande ! » précise ironiquement un officier.

La zone à couvrir

Malgré la petite taille des pays, la zone à couvrir est assez grande et diversifiée. Elle recouvre les trois FIR (Flight Information Region) en mer et terrestre. Cela « fait une superficie intéressante ». Les trois pays contribuent à part égale aux prestations. Et pour faciliter l’approvisionnement logistique met à disposition des pays assurant la permanence des rotations de C-27 J (Les Lituaniens en ont 3).

ZonesSurveillAérienneFirBaltes@Eurocontrol
Les trois zones d’information aérien (FIR) des pays baltes

Intérêt : Entrainement, multinational, basse altitude

L’intérêt de cette mission est de pouvoir faire de l’entraînement dans un milieu multinational. Cela donne « une bonne expérience à l’étranger pour les jeunes. Même si on n’est pas ici en Afghanistan, avec des gilets pares-éclats et des casques lourds. L’intérêt est de travailler avec des procédures purement OTAN. » Les pilotes pratiquent aussi des exercice d’interception en haute altitude et basse altitude. « On est aussi autorisé à faire de la basse altitude (en Lituanie ou Estonie). Ce qui permet de continuer de faire des heures d’entraînement. »

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi :