Syrie. Les 8 bonnes raisons de JY Le Drian pour intervenir

(BRUXELLES2) S’exprimant mercredi, devant les députés français, le ministre de la Défense, J.Y. Le Drian, a redit non seulement ses convictions. Mais les certitudes qu’ils avaient que l’attaque du 21 août dans la banlieue de Damas était bien chimique et de la responsabilité du régime de Bachar El Assad.

Cette attaque « est chimique. Peu importe, à cet égard, la nature de l’agent chimique employé (…) . Que ce soit du sarin, de l’ypérite, du VX ou d’autres produits, y compris des incapacitants civils, mais déployés à haute dose, voire des cocktails – ce qui est l’hypothèse la plus vraisemblable –, tous les éléments déclassifiés, que ce soit par nos services ou par les services de nos partenaires, démontrent amplement le caractère chimique de l’attaque. »

Cette attaque est « de la responsabilité du régime de Bachar EL-ASSAD ». Ce pour « huit raisons » a-t-il justifié.

Des armes disponibles. « Le régime de Bachar EL-ASSAD a en stock plus de mille tonnes d’agents chimiques et il a déployé les vecteurs nécessaires pour les utiliser et il les a utilisés. » notamment lors « des événements du mois d’avril, Saraqeb et Jobar. (…) Les échantillons (ont montré) qu’il s’agissait de gaz sarin.

Des préparatifs. « Les éléments identifiés montrent que des préparatifs spécifiques ont été conduits par le régime dans les jours précédant le 21 août. Quand je dis des préparatifs spécifiques, ce sont des préparatifs dédiés à une intervention chimique.

La séquence des évènements. « La reconstitution de la séquence militaire de l’attaque du 21 août, montre que les tirs sont partis, nombreux tirs sont partis des zones contrôlées par le régime vers les quartiers de la Ghouta est, quartiers aux mains de l’opposition.

Le scénario de l’opération militaire « La séquence opérationnelle et la complexité de l’attaque dont on ne parle pas assez est une séquence militaire parfaitement coordonnée conformément aux tactiques de l’état-major syrien, c’est-à-dire qu’avant l’attaque chimique, il y a eu une préparation aérienne et qu’il y a eu une préparation d’artillerie (voir ci-dessous). Pendant ces actions militaires, il y avait en même temps l’attaque chimique à partir de 3h du matin et ensuite sur les mêmes sites une offensive terrestre à partir de 06h et qu’ensuite, il y a eu de nouveau sur les mêmes sites des bombardements aériens et d’artillerie intenses. Donc il y a là une cohérence technique, un exercice militaire de grande ampleur et bien coordonné.

La destruction des preuves. « Le régime a tout fait ensuite pour détruire les preuves de son implication dans cette opération soit en bombardant les sites déjà touchés, soit en engageant des incendies pour éliminer les traces et faire évaporer les gaz.

La dimension de l’attaque. « L’ampleur de l’attaque chimique, la multiplicité des sites de cibles est telle que seul le régime pouvait engager par ses moyens une intervention d’une telle dimension.

Pas de stock à disposition de l’opposition. « Nous n’avons jamais eu, ni nous ni nos partenaires, ni nos services ni les services de nos partenaires, le moindre indice, la moindre preuve de possession et encore moins d’emploi d’agents chimiques par l’opposition syrienne, a fortiori dans des telles quantités.

Intérêt tactique. « L’attaque qui a été portée fait pleinement sens, d’un point de vue strictement stratégique pour le régime de Damas, puisqu’il était soumis à une offensive imminente de l’opposition dans des quartiers sensibles, en particulier dans des quartiers Ghouta ouest et Ghouta est où se trouvent les deux aéroports de la région de Damas.

Une méthode inhabituelle

Cette intervention survient deux jours après que le gouvernement ait décidé de mettre à disposition du public (sur le site du ministère de la Défense et de l’Elysée), une « synthèse de renseignement », déclassifié sur le programme chimique syrien. Une méthode pour le moins inhabituelle. D’ordinaire, les informations du renseignement sont gardées soigneusement secrètes. Ou du moins discrètes. On les fait « fuiter » au besoin, ligne par ligne, à quelques journalistes ou responsables politiques qui « blanchissent » ainsi l’info, la tenant des fameuses « sources autorisées ». La mise en ligne sur tous les sites officiels (Défense, Elysée, Quai d’Orsay), sous forme d’une  » synthèse nationale de renseignement déclassifié « , donne à la communication officielle une crédibilité, une qualité d’expertise que lui donne le label « renseignement ».

Une attaque imbriquée dans une offensive plus générale

L’élément intéressant de cette communication est la liste de l’arsenal chimique et aérien syrien. Mais aussi et surtout, la façon dont l’attaque a été menée qui répond à « un schéma tactique classique » : préparatifs les jours précédents, préparation d’artillerie (bombardements conventionnels aériens et artillerie sur la Ghouta est) avec des attaques chimiques sur les localités de Zamalka, Kafr Batna et Ayn Tarma puis offensive terrestre lancée au petit matin. Les « roquettes d’artillerie » utilisées sont « différentes de celles du stock de munitions le plus connu », selon le rapport qui se réfère à « plusieurs sources ».

Une intervention…

Mais cette communication ne se limite à une synthèse de renseignement. Elle insiste sur la capacité française d’intervenir. « La sécurité internationale est remise en cause. Sans réaction face à l’emploi massif d’agents chimiques, leur prolifération et leur utilisation seraient encouragées ». « L’autonomie stratégique de la France lui permet de planifier  et de conduire une action militaire ciblée, limitée dans le temps. » (Mais) « La France souhaite construire une coalition internationale et va s’y employer dans les jours à venir. »

(Nicolas Gros-Verheyde)

Télécharger la  Synthèse ; (version anglaise) ; Cartes