Se préparer à une période NRF, un grand ménage de printemps (Gén. Van Impe)

VanImpe8884(BRUXELLES2) « Avec la période NRF, on fait le ménage de printemps » affirme le Brigadier général Philippe Van Impe, chef adjoint de la formation du personnel et support arrière du Corps de Réaction Rapide-France (CCR). En 2014, le CCR-France assurera en effet le commandement de la composante terrestre de la force de réaction rapide de l’OTAN. Autrement dit de la NRF (NATO Reaction Force) qui a pour but « de permettre une réponse militaire rapide à une crise émergente ». Avec le général belge, ce qui nous a intéressé était la phase de préparation avant cette prise de « garde ».

La préparation NRF change aux habitudes ?

Oh oui. Lorsque nous apprenons que nous allons prendre le tour de NRF, nous découvrons que nous devons faire beaucoup.  La période NRF oblige à réfléchir à tout. Tous les processus sont remis en question. C’est l’occasion de « faire le ménage de printemps ».

Cela dure combien de temps ?

La préparation nationale dure environ 12 à 18 mois puis s’ajoute la préparation OTAN d’environ 6 mois. Ce n’est pas un changement total de notre mission, nous sommes entrainés pour des missions de stabilisation et nous sommes prêts en permanence. Mais, là, c’est dans le cadre NRF. Il faut donc s’adapter à l’environnement. La NRF est inter-armée et internationale. Nous nous entrainons surtout sur le caractère « intervention rapide ». La plupart des processus reste les mêmes mais les délais changent. La préparation NRF c’est une sorte de renaissance. Après l’Afghanistan, le Tchad, toutes ces périodes d’alerte offrent des opportunités de se remettre en question.

Comment se passe concrètement l’adaptation ?

Nous avons un plan d’action qui s’appelle « The road to readiness » qui a été entièrement revu. Nous devons pouvoir dire que nous sommes prêts, nous auto-évaluer de façon objective. Il y a des procédures d’aptitude, des entrainements individuels, collectifs, des tests médicaux et des exercices en commun. Nous simulons l’ensemble du processus, un pays se sent menacé et fait appel à l’article 4 (ou 5). En réaction, nous allons développer un plan de dissuasion. Lors du prochain exercice, l’Estonie sera le pays attaqué et nous ferons une étude ici, sur l’Estonie. Nous avons des méthodes pour analyser un pays. Nous étudions aussi des cas historiques comme la libération du port d’Anvers avec un exercice sur place préparé ici à Lille (NB : le CCR-France est installé au sein de la citadelle Vauban de Lille).

Comment se passe la coopération entre les différentes nations ?

Au sein du QG français il y a une participation multinationale, avec un accord technique entre les pays. Il y a des apports des alliés vers les Français et des Français vers les alliés. Les alliés ont des fonctions réellement importantes puisque 50% des généraux sont des alliés. Un tiers des colonels sont des alliés.

Il y a des différences ?

C’est vrai. Il existe des différences de vues. Un Allemand n’est pas un Français. Il existe une approche plus latine et une approche plus germanique. Nous, les Belges, nous sommes les spécialistes de l’intégration. Mais la doctrine ici, c’est la doctrine de l’OTAN avec des influences des doctrines nationales. À Lille, nous sommes autant otaniens qu’à l’ARRC (Allied Rapid Reaction Corps) donc les personnels connaissent pour la plupart la doctrine OTAN. Le général Charpentier, Commandant des Forces Terrestres à Lille, nous dit d’ailleurs qu’il nous considère comme l’université de l’OTAN.

(propos recueillis par Th. Le Bihan avec Nicolas Gros-Verheyde)

Thomas Le Bihan

Etudiant en "Affaires Publiques parcours Gouvernance Européenne" à Paris I. Stagiaire à B2. Suit l'actualité du Parlement européen.