Défense UE (Doctrine)InterviewRenseignement

[Entretien] Prism/Espionnage/USA. Nous devons tirer les leçons de cette crise (Michel Barnier)

(BRUXELLES2 à Vilnius) Entre deux réunions, Michel Barnier, chargé du Marché intérieur et des Services, a accordé une interview à quelques médias (RFI, Cadena Ser et B2). Avec un sujet central, l’affaire Prism et de “l’espionnage” US tout comme l’ouverture des négociations commerciales le 8 juillet prochain (lire aussi : Deux groupes de travail pour le prix d’une négociation (maj).

Les négociations d’un nouvel accord commercial commence avec les Américains dans un contexte difficile, l’affaire Prism puis d’espionnage ? Quel est votre aperçu sur ce problème ?

Catherine Ashton a demandé, en notre nom et au nom des Etats membres, des éléments de réponses. Face à un tel problème, les Américains doivent nous apporter des réponses, des réponses rapides, claires, précises détaillées pour permettre de rétablir la confiance comme c’est normal entre alliés.

Ils sont prêts ?

Oui. Les Américains sont disponibles, prêts à la discussion. Une réunion aura lieu (dès lundi). Mon expérience avec les Américains c’est qu’il faut poursuivre le dialogue et insister. Tout le monde a intérêt, de part et d’autre, à rétablir la confiance, comme nous avons intérêt nous Européens — et les Américains aussi — à développer et augmenter nos échanges financiers et commerciaux. Mais on le fera d’autant mieux qu’on le fera sur des bases saines et sincères.

Le leçon de cette crise ?

Mais au-delà de cette crise, et sans attendre, les Européens doivent tirer la leçon. Ils doivent le faire par eux-mêmes, ne pas attendre tout des autres et construire leur autonomie stratégique, la souveraineté européenne.

L’autonomie stratégique ?

Il faut une volonté politique commune, nouvelle, (des Européens) s’agissant de leur propre sécurité, de leur propre défense. Il y a un certain nombre de sujets sensibles comme la géocolalisation Galileo, le cloud, les industries de télécommunications, les technologies clés et matériaux sensibles dont nous ne devons/pouvons pas être sous traitants ou consommateurs ou dépendants de la Chine et la Russie ou d’autres. Nous devons êtres autonomes et indépendants.

En matière de renseignements ?

Le contre-espionnage, la question des services secrets, de renseignement est une compétence des Etats membres. J’ai été ministre des Affaires étrangères, j’ai eu l’occasion d’utiliser les services français. Je souhaite que les services français et les autres travaillent ensemble. Mais c’est une compétence des Etats membres. Au niveau de la Commission, nous avons sur l’industrie, l’espace, les marchés publics… une compétence, une valeur ajoutée pour proposer des idées sur l’autonomie stratégique. Ce sera le sens de la communication du président Barroso au sommet de décembre.

L’asile pour Snowden ?

Ce n’est pas une question à laquelle je peux répondre en tant que commissaire européen. La question de l’asile dépend des Etats membres. Et ils ont répondu.

Combien de temps durera la négociation de cet accord commercial ?

Au moins une année, une longue année…

Lire aussi :

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).