Le train fou de Lac Megantic : peu de considération, beaucoup d’interrogations

L'amas de wagons vu du haut laisse une idée des dégâts au sol... il ne reste plus rien aux alentours (Crédit : BST - bureau de la sécurité du transport, canadien)
L’amas de wagons vu du haut laisse une idée des dégâts au sol… il ne reste plus rien aux alentours (Crédit : BST – bureau de la sécurité du transport, canadien)

(BRUXELLES2) J’ai été très étonné, voire choqué, de la façon dont la catastrophe de Lac-Megantic (*) au Québec – Canada ait été aussi peu couverte dans les médias, et même reléguée au second plan par la catastrophe du Boeing 777 de la compagnie sud-coréenne sur l’aéroport de San Francisco (*). Or les deux catastrophes n’ont rien de comparable ni dans l’ampleur ni dans les suites à donner à l’affaire. Dans le cas de l’accident d’avion, on est dans une hypothèse, assez classique, d’un ratage de cible d’atterrissage avec des erreurs possibles au plan technique, humain et de la tour de contrôle. L’enquête le dira clairement. 2 morts, des blessés très graves (certains ne s’en remettront peut-être pas) et d’autres plus légers. C’est grave. Mais c’est un drame contenu. Car prendre l’avion comporte toujours un risque, léger. Et l’accident se déroule sur un lieu connu pour ce risque, l’aéroport.

Une autre échelle

Au Québec, on est dans une autre hypothèse, et une autre échelle de grandeur. Tout d’abord par l’ampleur de la catastrophe : De l’ordre de 50 morts, tout un quartier pulvérisé. Une partie des commerces, de l’administration communale immobilisée ou détruite dans une petite ville de 6000 habitants. Autant dire que chaque famille est touchée directement et indirectement. Ensuite, les victimes ne prenaient aucun risque, elles étaient chez elles ou en train de festoyer, sans conscience ni même l’once de la prise d’un risque.

Un train « fou »

Enfin, à bord du train, personne… Le train (de compagnie ferroviaire Montreal Maine and Atlantic) a littéralement explosé tout seul en pleine ville. Un vrai scénario de film catastrophe. On ne connait pas encore tout à fait les causes du déraillement, du feu et de l’explosion, ou plutôt l’enchainement de causes, ni l’étendue des responsabilités de chacun des intervenants (pompiers, Etat, compagnie ferroviaire…). Le bureau de Sécurité du transport canadien a très vite sur son site retracé la séquence de l’accident (lire ici). Mais il est certain que cet accident ne restera pas sans traces fondamentales. D’une certaine façon, malgré l’ampleur de la catastrophe, on a échappé au pire. Imaginons dans une zone beaucoup plus peuplée, une ville avec des immeubles…

Des questions en pagaille au Canada… 

C’est tout un système donc qu’il va falloir revoir, que ce soit en matière de gestion des secours ou d’organisation du chemin de fer, voire du contrôle de sécurité. Et une série de questions sont posées, au Canada, mais aussi en Europe. Peut-on faire circuler des trains chargés de pétrole ou matières explosives en plein milieu de nos villes ? Cette catastrophe peut-elle se reproduire ailleurs, en Europe notamment ? Nos services sont-ils capables de répondre ? Pour l’instant, du coté de la Commission européenne, on est très attentifs. Même si le sujet n’est pas abordé officiellement.

… Des conséquences en Europe ?

Le porte-parole du commissaire aux Transports, Siim Kallas, a ainsi répondu à une question écrite de B2 qu’on ne peut pas « spéculer » pour le moment. Mais « dès que les causes seront éclaircies, il faudra (bien entendu) étudier les conséquences pour le réseau ferroviaire de l’Union européenne et comment nous pouvons faire pour réduire le risque qu’un accident similaire se produise dans l’Union européenne ».

(*) La ville est jumelée avec Dourdan en région parisienne

(**) On ne peut invoquer d’explications objectives à cette sous couverture : même timing de catastrophe, informations et images disponibles… La seule explication est que l’une se passe à San Francisco (USA) et l’autre dans un petit village ailleurs dans le monde.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

Une réflexion sur “Le train fou de Lac Megantic : peu de considération, beaucoup d’interrogations

  • 10 juillet 2013 à 18:40
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    A la question « Peut-on faire circuler des trains chargés de pétrole ou matières explosives en plein milieu de nos villes ? »

    Parfois, la voie ferrée précède la ville. On peut donc dans ces cas là tourner la chose autrement : « Peut-on laisser des habitations se construire le long des voies ferrées? » – lesquelles sont toutes susceptibles de transporter des matières dangeureuses.

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