Réactionnaire !

La levée de boucliers qu'avait soulevé la directive Bolkestein devait être "réactionnaire", aussi ! (© B2 / NGV)
Le projet de directive Bolkestein sur les Services avait entraîné une levée de boucliers. Réactionnaires, aussi ! (© B2 / NGV)

(BRUXELLES2) Journalistes et citoyens, vous avez mal compris. José-Manuel Barroso, le président de la Commission européenne n’a pas traité dans l’International Herald Tribune les autorités françaises de « réactionnaires ». Comme l’a indiqué le porte-parole de la Commission hier lors du point de midi en réponse à une question de mon confrère du Monde. Les « deux présidents se sont parlé en marge du G8 pour clarifier ce qui est un regrettable malentendu. Son commentaire ne visait pas les autorités françaises et encore moins la France en tant qu’État membre ». Et d’ajouter : « L’incident est clos en ce qui concerne la Commission. Laissons cette mauvaise querelle derrière nous. Et concentrons-nous sur l’essentiel, à savoir la négociation de cet accord commercial avec les États Unis. »

La mondialisation c’est le progrès, être contre c’est être réactionnaire

J’ai enchaîné sur cette question. Car la terminologie employée est intéressante. La réponse du porte-parole de la Commission ne laisse planer aucune ambiguité. « Le Président considère le phénomène de mondialisation qui existe nécessite de la part des Européens, des Etats membres, des secteurs économiques à s’adapter à ces changements et d’entrer dans ces changements pour rester un acteur mondial de premier plan, aussi bien d’un point de vue politique, économique que culturel » souligne le porte-parole de la Commission. J.-M. Barroso estime que l’Europe doit « se saisir de l’agenda de la mondialisation et faire les réformes nécessaires pour rester un continent à la tête du reste de ses partenaires » dans le monde. Dans son esprit, la mondialisation est un « progrès ». Et « Tout refus de d’avancer, de changer pour s’adapter, et dessiner la mondialisation est une forme de mouvement réactionnaire. »

La réaction ne passera pas

En utilisant ce terme, José-Manuel Barroso qui est un fin politique n’utilise pas n’importe quel terme. Le terme de « réactionnaire » n’est pas anodin. Il renvoie à la révolution française où la Réaction symbolisait le retour au Royalisme pur. Voire chez Marx un retour à l’envers de l’histoire. Le réactionnaire n’est pas un simple conservateur, il est pire… C’est un quasi-traitre, à la République. Le mot a donc une résonance forte en France, à la limite de l’injure. Il ne facilite pas vraiment la perception en France de certains dangers. Au contraire, il illustre plutôt aux yeux de nombreux citoyens l’arrogance habituelle européenne : « nous nous savons, vous n’êtes que des ignorants » qui a tant desservi la campagne européenne lors du référendum sur la Constitution. Certes dans la phraséologie d’extrême gauche – dont est issu José-Manuel Barroso – c’est un mot récurrent utilisé régulièrement pour jeter le tort sur un adversaire. Et il a été utilisé régulièrement dans les phases révolutionnaires, tour à tour, pour dénigrer ceux qui voulaient le changement ou ceux qui le refusaient.

Un bon service

Mais il faut se méfier des apparences. En maniant l’anathème, JM Barroso rend bien service au gouvernement français et à François Hollande en particulier. Engagés dans des réformes difficiles par rapport à la population, et surtout son électorat, les socialistes peuvent ainsi redorer leur vertu, enfourcher un cheval de bataille d’autant plus facile à battre que Barroso est le… punching ball idéal.

Pour écouter la « réaction » du porte-parole, c’est ici (au début pour la question de mon confrère du monde, 8’15 pour ma question)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).