Le Mali : une pseudo-démocratie dont se satisfaisaient les Européens ?

(BRUXELLES2) A écouter certains, sans l’intervention en Libye, le Mali n’aurait pas tous ses problèmes… Je dois dire que j’ai de plus en plus de doutes. Et tous les avis recueillis convergent. Le Mali n’était plus qu’une façade de démocratie et s’acheminait largement vers un Etat failli depuis quelques temps déjà. L’effondrement libyen a plutôt été un facteur aggravant ou accélérant qu’une cause préliminaire.

Des PV à la chaîne

Un témoin parle. « Au Mali lors des dernières élections, alors que les observateurs électoraux décomptaient les bulletins, dans la pièce d’à coté, disposant de tous les tampons de toutes les préfectures, on fabriquait à la chaîne des faux procès-verbaux ». Un phénomène qui semblait connu depuis des années déjà. « Quand on voyait ATT (Amadou Toumani Touré) arriver dans un pays, avec sa suite, et son comportement. On n’avait pas vraiment de doute sur le fonctionnement du bonhomme ».

Une pseudo-démocratie satisfaisante

Une pseudo-démocratie donc mais qui ravissait les Européens en mal de modèle dans la région. L’ancien président était suffisamment intelligent et malin pour savoir ce qu’il fallait plaire pour obtenir l’aide. Et les Européens ont banqué ! A environ 90 millions d’euros par an sur un budget ne dépassant pas le milliard d’euros, il était cependant possible de « peser » sur le cours d’un pouvoir.

L’abandon du Nord déjà consommé

La division du pays était consommée dans les faits. Le Nord a été abandonné. «  On avait essayé de soutenir dans le nord Mali, un plan que le président avait conçu, le PSPSDN, qui consistait à redéployer l’Etat autour de bases militaires avec des services sociaux autour de ces base  » raconte Gilles de Kerchove, le coordinateur anti-terroriste de l’UE. Il n’y avait pas eu assez de consensus politique, pas assez de volonté et de moyens ni d’explications à la population ».

Une armée divisée

Quant à l’armée malienne, elle était traversée de courants en différents sens qui ont perverti son efficacité : nominations d’officiers supérieurs qui n’avaient de valeur que leur proximité avec le pouvoir…. Quand est donc survenu le conflit en Libye, c’était la cerise sur le gâteau. Mais juste la cerise. Sans être un fin stratège (:-), il était assez facile de voir que, dès le début de l’opération de l’OTAN et le premier pillage des casernes, boucler au plus vite les frontières de ce pays, les surveiller étroitement était aussi nécessaire que de bombarder les pick-ups de mercenaires, si on voulait éviter un éparpillement des armes (lire : L’Europe ne doit-elle pas mettre en place une EUMM / EUBAM Libya ? – article publié en avril 2011 !).

Pourquoi avoir laissé faire

On peut donc aujourd’hui se poser une question : pourquoi avoir laissé faire, dans les capitales. Le Mali est un pays assez ouvert. Et de nombreux pays y sont présents. Si Paris avait une proximité traditionnelle et une bonne connaissance des réseaux maliens, la France n’était pas la seule sur place. Ottawa, Berlin, Washington étaient aussi assez présents avec des coopérations militaires engagées. Enfin, Bruxelles (UE) avait une coopération forte et développée. Il y avait donc un certain nombre d’yeux et d’indices sur place pour pouvoir tirer la sonnette d’alarme et agir.

Aucune leçon pour le futur

J’ai posé la question à plusieurs personnes sur cette absence… Aucune réponse, ni tentative d’explication. C’est inquiétant. Car ce qui s’est passé au Mali, pourrait se reproduire dans plusieurs pays aux alentours. On pense au Nigeria bien sûr. Mais ce pays déjà agité pourrait ne pas être le premier à tomber. Le Cameroun, le Sénégal, la Côte d’Ivoire sont aussi assis sur des volcans, et traversées de tendances sécessionnistes… Qui sait … dans 5 ou 8 ans, ce seront des Somaliens ou des Maliens qui formeront des forces de stabilisation africaines !

(Nicolas Gros-Verheyde)

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).