Le nouveau chef de l’Etat-Major adoubé (maj)

Le patio du service diplomatique lors de la passation des commandements (© NGV / Bruxelles2)

(BRUXELLES2) Le nouveau chef de l’Etat-Major de l’UE, le général autrichien Wolfgang Wosolsobe, est en place. Et personne… au sein du Service diplomatique européen (SEAE) ne peut plus l’ignorer. Et pour cause.

La cérémonie de passation des pouvoirs avec son prédécesseur, le général néerlandais Ton van Osch, organisée ce mardi (28 mai), s’est déroulée au vu et au su de tous. Le patio du SEAE – qui borde une bonne partie des bureaux du SEAE – n’avait d’ailleurs jamais connu une telle affluence… d’uniformes. Il ne manquait presque qu’un cheval blanc ou noir et l’adoubement par l’épée 🙂

Tout un symbole…

Pour le service diplomatique européen, dont la grande majorité est du personnel civil, sans nécessairement d’ailleurs une tradition militaire, cette présence était une nouveauté (*). Et l’occasion de voir qu’il y a bien au sein du SEAE, aussi, des militaires (même s’ils ne sont pas dans le même bâtiment). Pour avoir parlé à plusieurs d’entre eux, les militaires n’étaient pas peu fiers de cette reconnaissance. Et pour ceux qui l’auraient oublié, la fanfare militaire belge (la Musique royale des Guides) a rappelé à chacun leur existence. Une fanfare, assez douée, il faut le dire, qui a interprété de manière enjouée, rendant au quatrième mouvement de la 9e Symphonie de Beethoven, son cachet dynamique et joyeux (par rapport aux interprétations souvent mollassonnes et un peu compassées), lui donnant presque un caractère de marche.

Un adoubement

Dans ce cérémonial, bien rôdé, la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité est arrivée en présence des deux chefs, l’ancien et le nouveau. Dire qu’elle était enthousiaste serait un vain mot. Mais elle a fait le job. C. Ashton a reçu ainsi élégamment le discours d’adieu de l’un, le discours de bienvenue de l’autre. L’ensemble du « board » du SEAE, les différents directeurs et adjoints des structures de gestion de crises de l’UE (CPCC, CMPD, Crioc), les représentants militaires de toute l’UE et de l’OTAN étaient présents, ainsi que les chefs de mission/opération militaires de l’UE, étaient là. Voire même quelques « extérieurs »… On pouvait ainsi croiser des militaires chinois en grand uniforme.

La bonne place des militaires

En marge de l’évènement, le général a donné à quelques journalistes (dont B2), sa vision pour l’Etat-major européen. « Les grandes lignes vont rester les mêmes » a-t-il tenu à avertir. Pas de grand changement donc à attendre. Mais des inflexions tout de même. Car le général semble avoir des idées bien arrêtées sur certains sujets. Et son expérience antérieure – au sein de la représentation autrichienne à Bruxelles (lire aussi : Un Autrichien va prendre la tête de l’Etat-major UE en 2013) – fait qu’il a une bonne expérience à la fois des sujets mais aussi de la difficulté de la tâche. Wosolsobe a ainsi insisté sur deux points principaux. D’une part, il faut « trouver la bonne place des militaires » dans ce « service encore jeune » au sein de l’UE. Le général veut ainsi étendre l’expertise que l’EMUE fournit à un « spectre » plus large « de la prévention des conflits, la gestion de crise au state building et la gestion post-conflit ».

L’importance du dialogue avec les Etats

D’autre part, il faut bien garder à l’esprit « l‘importance » du dialogue avec les Etats-membres. « Nous sommes dans le SEAE et en même temps, nous aidons le Comité militaire en tant que point de dialogue avec les Etats-membres ». Cette place est « particulièrement importante dans le domaine militaire ». Car l’UE n’a pas de forces en propre, celles-ci dépendent de la bonne volonté et des capacités des Etats membres. « Peu importe ce que l’on envisage de faire comme actions, nous aurons besoin de puiser dans les capacités des Etats ». Il en va de même pour l’expertise. « Mon équipe est suffisante pour consolider un système d’expertise mais quand on approfondira on aura besoin des Etats.»

Voir jusqu’où avancer et avec quelle intensité

Le général a, enfin, insisté sur la nécessité d’avancer dans le pooling and sharing afin de « renforcer la culture commune », pas seulement pour faire des économies mais pour renforcer la « compréhension mutuelle ». Le Conseil européen sera le moment pour améliorer ces points et savoir « jusqu’où on peut aller et l’intensité avec lequel on peut avancer ». Concernant l’OTAN, « nous devons coopérer dans les domaines d’opérations à travers une approche globale.»

(Nicolas Gros-Verheyde avec Th. Le Bihan)

(*) C’est la première fois qu’une cérémonie avait été organisée, pour illustrer la passation de commandement de l’Etat-major de l’UE. Avant la création du SEAE, cette cérémonie était organisée, fort logiquement, au Justus Lipsius, le bâtiment du Conseil de l’UE.

 

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).