La sécurité de la France, c’est la sécurité de l’Europe… (Fr. Hollande)

(BRUXELLES2) En venant devant l’Institut des Hautes Etudes de la Défense nationale (IHEDN) François Hollande aujourd’hui (24 mai) a tenu à redire toute sa conviction dans l’armée et la défense pour la France. « La France a été saluée pour son intervention au Mali. J’ai pu mesurer l’influence de la France. La France a été attendue, espérée, saluée. Elle le doit aux militaires » a-t-il précisé saluant leur « professionnalisme, leur efficacité, leur dévouement ». Un hommage qu’il a répété à plusieurs reprises. Au delà de l’exercice imposé, le président a cependant répondu à quelques critiques et posé quelques bases pour le Conseil européen de décembre. La « défense de la France, c’est aussi la sécurité de l’Europe » a-t-il conclu, reliant ainsi la nécessité française d’une défense nationale et son implication avec les alliés.

Un exercice calibré

Les mots étaient pesés et l’exercice calibré. L’intervention à l’école militaire rentre dans une campagne du gouvernement français pour assurer le service après-vente du Livre blanc sur la défense. Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian revient d’ailleurs une tournée à Bruxelles, Londres, Washington et Moscou. Et une bonne partie du corps diplomatique en poste à Paris avait d’ailleurs été convié à assister à l’évènement dans l’amphithéâtre Foch aujourd’hui.

La France ne baisse pas la garde…

Le message important à faire passer est que la France ne baissait pas la garde. L’A400M, le Barracuda… « aucun programme lancé ne sera arrêté ». Il s’agit aussi de « préserver l’ industrie de la défense ». Pour 2014, le budget sera de 31,4 milliards d’euros « soit le même qu’en 2013 et 2012 » et de « 179,2 milliards d’euros pour la période 2014-2019 » (sans compter l’inflation et les dépenses exceptionnelles, cela équivaut en fait à une baisse).

Et pan…

Le président a d’ailleurs émaillé son discours de références qui sonnent comme autant de réponses à certaines critiques… ou positions. Exemples

L’armée française. Avec « 250.000 personnels employés dans la défense (*) » l’armée française représente le nombre « le plus important en Europe ». « C’est un pays qui peut parler car il a les moyens de se faire respecter » a-t-il asséné. Et pan pour Angela Merkel !

L’indécision. François Hollande met en avant Clemenceau : « Il faut d’abord savoir ce que l’on veut, il faut ensuite avoir le courage de le dire, il faut ensuite l’énergie de le faire. Les lois de programmation militaires précédentes n’ont pas vraiment appliqué ce principe à la lettre. Elles ont dit mais n’ont pas toujours été en possibilité de faire ». Et pan pour ses prédécesseurs, Sarkozy et Chirac notamment !

La dissuasion nucléaire. François Hollande défend la doctrine de « stricte suffisance » de la dissuasion nucléaire suivie par la France comme son coût. « J’ai pris la décision de conserver des 2 composantes – océanique et aérienne. (…) Cela représente 11% du budget. Est-ce trop pour sanctuariser notre pays ? Je ne le pense pas. » Il y a la sécurité mais aussi l’industrie. « L’innovation et recherche nous ont permis de faire des économies ». . Fermez le ban au PS ou à gauche !

Afghanistan. « J’ai décidé du retrait des troupes combattantes en Afghanistan ». « On m’avait dit c’est impossible, c’est dangereux, je constate que c’est fait. Nous n’avons plus en Afghanistan que les troupes conformes au Traité d’amitié signé avec l’Afghanistan. » Et pan pour les critiques venues des armées lors de la campagne électorale !

Des propositions pour le Conseil européen de Décembre

Face à l’échéance du Conseil européen de décembre consacré à la Défense, le président de la République a rappelé sa volonté de présenter des propositions de manière concertée avec tous les partenaires : britanniques comme allemands, mais aussi au-delà. « L’Europe de la défense est l’Europe toute entière » y compris celle qui était de l’autre coté du mur avant 1989. Il a tenu à poser trois lignes de principe des propositions françaises :

• La cohérence de l’action : Ces propositions « porteront sur nos présences dans les Balkans, l’Asie, le Proche-Orient, en Méditerranée. Partout l’Europe doit agir de manière plus coordonnée. Réfléchit-elle à ce qu’on peut faire mieux et moins cher ? »

• Remédier aux lacunes. Des « propositions » sur « le transport aérien, les satellites aériens, le ravitaillement, les drones » seront faites. L’objectif est de combler « les échecs du passé ».

• La politique industrielle. Mon « grand souci n’est pas seulement un grand marché, ou une zone monétaire stable mais aussi d’avoir une politique industrielle, et la défense en fait partie ». Je veux « avoir des champions européens pour notre propre sécurité mais aussi maintenir une base industrielle de défense pour l’Europe ».

NB : Ces trois lignes forces restent cependant assez floues. Il y a des questions et peu de réponses. François Hollande suit ainsi sa ligne politique classique : poser les questions, entretenir le flou sur les réponses, négocier le possible et réserver une annonce le cas échéant quand l’attente est devenue trop forte. Mais trouver un consensus européen avec le Royaume-Uni et l’Allemagne est une gageure. Sur le moment de la présentation, Fr. Hollande est resté elliptique. D’après un de ses proches, interrogés par B2, ce sera certainement après les élections allemandes. Ce qui laisse ainsi très peu de temps pour à la fois engranger des soutiens et faire des propositions audacieuses. Le risque est désormais grand que ce sommet soit un sommet pour rien. Ce qui serait une erreur notable. Et pire que pas de sommet du tout.

La 65e session nationale de l’IHEDN à l’écoute…