24 heures ou 6 mois ?

Le ministre Le Drian aux cotés de Eneko Landaburu (ancien DG Relex et Elargissement) et Elmar Brok (président de la commission Affaires étrangères du Parlement européen) (crédit : Notre Europe)

(BRUXELLES2) Venu mercredi (15 mai) devant le think tank « Notre Europe » — « un hommage à Jacques Delors qui m’a beaucoup donné » — le ministre français de la Défense, Jean-Yves le Drian (*), a pointé du doigt la lenteur européenne à mettre en oeuvre ses missions de sécurité et défense.

Nb : Le ministre a aussi abordé d’autres sujets : sa vision européenne de la défense, l’approche globale, la coopération structurée permanente (à paraitre sur le Club).

Six mois pour mettre en place EUTM Mali !

« La première fois dont on a parlé de la mission EUTM Mali (au niveau ministériel), c’était fin septembre (au conseil informel de Chypre). Il a ensuite fallu 6 mois pour voir un premier membre de la mission s’installer au Mali. Et, encore, me dit-on, c’est un délai très court ! » Et le ministre de préconiser une vaste « simplification » du dispositif. « Il y a vraiment la nécessité de clarifier, de raccourcir, de rendre plus performant la manière de gérer les crises au plan européen. Il faut aussi mettre fin au cloisonnement qui existe entre la Commission européenne et le SEAE ». Et de poser une question qui tue : « Quand j’informe le 10 janvier le président de la République (de la situation au Mali), le président prend sa décision le lendemain à 12h et les forces sont sur place à 17h. Quel est l’outil européen qui permettra cette réactivité ? »

Commentaire : l’image n’est pas exagérée, le problème est réel…

Le raccourci de la comparaison – six mois pour l’UE, 24 heures pour la France – est saisissant. Et on pourrait le discuter. Car le dispositif national français – qui était en veille depuis plusieurs semaines – et le dispositif européen qui obéit à d’autres impératifs – multinationaux, déblocage de financements —, ne peuvent pas être comparés totalement. Mais il ne faut pas se leurrer. Jean-Yves Le Drian est un Européen convaincu et connait bien la situation. Quand il pointe du doigt la lenteur de réaction, l’image est peut-être exagérée. Mais le problème est, bel et bien, là. Réel, concret et constant.

D’après toutes les informations qui nous remontent, la situation est pire que ce qu’il décrit… Si on regarde bien, cela ne fait pas vraiment six mois que l’on parle d’une mission au Mali, mais plutôt deux ans. Et cette mission visant à renforcer les capacités sécuritaires du pays n’est toujours pas en place ! Et si on jette un oeil sur les dernières missions de crise (à composante civilo-militaire) lancées ces derniers mois (Eucap Niger, Eucap Nestor, Euavsec Sud Soudan), le délai d’élaboration est non seulement long. Mais la mise en oeuvre sur le terrain, également, est aussi lente. Ces trois missions, au bout de long mois, ne sont pas encore totalement opérationnelles ! Il y là un problème fondamental auxquels les responsables européens se doivent de répondre. Si l’Europe compte en mois et années pour réagir à une situation de crise, la situation politique et sécuritaire sur le terrain a déjà changé (le Mali, la Libye le prouvent). Et la crédibilité de l’Union européenne en prend un coup.

On ne peut plus continuer comme cela ! Un bon délai de déroulement de mission de crise – en tenant compte des impératifs multinationaux – devrait être de l’ordre de la semaine pour une première réponse de crise et de 3 mois, maximum, pour le déploiement des premiers éléments – effectifs – d’une mission. C’est dans ce créneau et avec cet objectif que les acteurs européens se devraient de s’inscrire et de réfléchir comment adapter les structures, les procédures, les hommes, la logistique…

(*) Le ministre effectue une tournée internationale pour « présenter le livre blanc de la défense » qui le mène après Bruxelles à Londres, Washington puis Strasbourg (devant le Parlement européen)

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