L’Européenne Thatcher !

Margaret Thatcher au conseil européen de Strasbourg en décembre 1989

(BRUXELLES2) Européenne ! Thatcher ! A sa manière oui. Dans son discours prononcé à Bruges en septembre 1988 (que j’invite chacun à relire car il est a l’avantage de la limpidité en matière idéologique comme d’argumentaire), la Première ministre britannique d’alors avait défini clairement ce qu’était sa conception européenne. Elle prônait une Europe de la libre entreprise, fondée sur le marché, ancrée dans un partenariat solide avec les Etats-Unis, de refus d’un super Etat… Des notions qui ont largement infusé aujourd’hui jusqu’au sein de la Commission européenne. Et le discours de Cameron ne dit pas plus aujourd’hui. On pourrait même dire que, sur certains points, Margaret était plus européenne que son successeur. A noter et remarquer son point sur la défense européenne dont elle faisait un point-clé, avec des propos qui sonnent assez actuels…

Ses idées peuvent se résumer ainsi :

  • Le refus d’un « super-Etat européen exerçant à partir de Bruxelles une domination nouvelle ». « Nous voulons assurément voir une Europe plus unie, avec une plus grande détermination. Mais il faut que ce nouvel état de choses se fasse en préservant les différentes traditions, les pouvoirs parlementaires et les sentiments de fierté nationale ».
  • L’hostilité à la PAC, la politique agricole commune. « la part du budget consacrée à l’agriculture (doit être) réduite afin de libérer des ressources en faveur d’autres politiques, en aidant par exemple les régions défavorisées à améliorer la formation professionnelle ». Un mot d’ordre qui serait aujourd’hui perçu comme révolutionnaire, plusieurs pays souhaitant réduire non seulement la PAC mais aussi la politique régionale.
  • Une Europe « ouverte à l’entreprise ». « Cela signifie agir pour libérer les marchés, élargir les choix, réduire l’intervention gouvernementale et donc entraîner une plus grande convergence économique. » (…) « Notre objectif ne doit pas être de fabriquer à partir du centre des règlements toujours plus nombreux et détaillés ; il doit être de déréglementer, d’éliminer les contraintes commerciales, de nous ouvrir. » Des idées largement mises en oeuvre par les différentes commissions, jusqu’à qu’intervienne la crise financière qui montre les dangers de cette déréglementation.
  • l’Europe ne doit pas être protectionniste. « L’expansion de l’économie mondiale exige que nous poursuivions le processus d’élimination des barrières commerciales (…). Nous devons tout faire pour que notre approche du commerce mondial soit compatible avec la libéralisation que nous préconisons chez nous. »
  • Mais les contrôles aux frontières doivent être conservées. « Il est évident que nous devons faciliter le passage des marchandises aux frontières. Il est évident aussi que nous devons faciliter les déplacements de nos ressortissants à l’intérieur de la Communauté. Mais nous ne pouvons pas totalement abolir les contrôles aux frontières si nous voulons protéger nos citoyens contre la criminalité et empêcher la circulation de la drogue, des terroristes et des immigrants clandestins. »
  • Sur la monnaie unique, elle exprime ses réticences. « La question clé n’est pas de savoir s’il doit y avoir une Banque centrale européenne ». Il faut faciliter la libre circulation des capitaux « afin que chacun puisse investir où cela lui convient », établir un marché « réellement libre des services financiers en matière de banque, d’assurance et d’investissement » et …. « faire un usage plus répandu de l’écu ». On ne parle pas encore de monnaie unique. Mais M. Thatcher se montrer déterminée à « émettre des bons du Trésor en écus et espère voir d’autres gouvernements de la Communauté faire de même ».

Investir dans la défense

Sur la défense, une de ses « idées-forces », le credo de la « Dame de fer » est clair : « L’Europe doit continuer de maintenir une défense sûre par l’intermédiaire de l’OTAN. » Et l’UEO – l’ancêtre de l’Europe de la Défense – elle la voit plus « non pas comme solution de rechange à l’OTAN, mais comme moyen de renforcer la contribution de l’Europe à la défense commune de l’Ouest ». Mais Thatcher posait déjà la question de l’effort des Européens en matière de défense. En des mots qui n’ont pas vraiment changé depuis 25 ans ! « Il ne peut être question de relâcher son effort, même si cela implique des décisions difficiles et un coût élevé. » Et déjà la question du partage des charges avec les Américains. « Ce n’est pas un problème institutionnel. Il ne s’agit pas de rédiger des rapports, mais de quelque chose de beaucoup plus simple et plus profond. C’est une question de volonté et de courage politique, de conviction aussi : nous ne pouvons pas compter éternellement sur les autres pour notre défense, et chaque membre de l’Alliance doit assumer une part équitable de la charge. (…)

Et de conclure : « Le moment est venu de prouver le bien-fondé de nos déclarations sur la nécessité de faire un effort en matière de défense et de mieux utiliser nos moyens ». On ne dirait pas mieux !