Paris et Londres forcent le trait sur l’embargo pour les armes. Pourquoi ?

(BRUXELLES2) Mais quelle mouche a donc piqué tout d’un coup la France et le Royaume-Uni pour exiger de leurs partenaires européens la levée de l’embargo des armes vers la Syrie. Et unis comme les doigts de la main affirmer que si leurs partenaires ne l’accepteraient pas, ils envisageraient l’un comme l’autre, des mesures unilatérales. La détérioration de la situation en Syrie pèse certainement. Les forces « modérées », prises en étau entre d’une part des extrémistes, mieux armés, plus entraînés et déterminés, et un régime qui ne faiblit pas depuis les deux années de guerre, risquent d’être laminées dans la Syrie nouvelle qui s’esquisse, de gré comme de force. Et il importe d’intervenir d’une manière ou d’une autre. Mais le message a une portée multiple tel un coup de billard qui va heurter plusieurs boules avant de pousser la dernière dans le trou.

Premier visé… les Européens. On croyait la discussion close au moins pour quelques semaines (jusqu’à fin mai). Paris et Londres entendent bien la reprendre tout de suite. Le travail entamé sur l’assouplissement des sanctions civiles ne peut être ainsi, selon cantonné, à ce terrain. Il faut entamer dès maintenant l’élargissement de l’embargo sur les armes. Et ne pas attendre mai comme l’espéraient certains pays.

Second visé… La Russie. La menace est désormais claire. Vous continuez d’armer et d’envoyer une assistance technique au régime de Bachar. Les Occidentaux feront de même. Rappelez-vous l’Afghanistan semblent leur dire Paris et Londres où les missiles anti-aériens avaient contribué à rééquilibrer les forces militaires sur place. Il s’agit donc d’amener Moscou à davantage de mansuétude au Conseil de sécurité de l’ONU comme d’une pression supplémentaire sur le régime. Jeu dangereux.

Troisième destinataire… les Syriens. Même si le régime de Bachar ne plie pas, il faut montrer à ses plus fidèles soutiens que la situation peut se retourner très vite. Et qu’il est encore temps de quitter le navire et lâcher le régime.

Quatrième destinataire… ceux qui arment les groupes fondamentalistes. Ils ne seront plus seuls à disposer d’armes performantes. Sur le terrain, la deuxième bataille entre les groupes fondamentalistes et les groupes modérés pourrait se rééquilibrer. Et ceux qui hésitent vont devoir choisir leur camp.

Cinquième visée… l’opinion publique européenne et mondiale. Si par hasard, on venait à apprendre que des agents français, britanniques ou autres… se trouvaient déjà en Syrie, ou à proximité (Turquie…), que des armes étaient en cours de livraison, cette parole donne une certaine conformité politique à la présence « technique ».

Lire aussi (pour les abonnés du Club) : L’idée d’une levée de l’embargo sur les armes hante les esprits des Européens