L’Europe en retrait ?

(B2) Coup sur coup se sont exprimés dans les médias plusieurs responsables politiques – l’Italien Franco Frattini hier dans le Soir, le Belge Hervé Morin aujourd’hui dans le Point – où on sent poindre comme une certaine lassitude.

Ces propos ne sont certainement pas dénués d’arrière-pensée politique : l’un est candidat au poste de secrétaire général de l’OTAN, l’autre se positionne sur l’échiquier politique français. Mais ils émanent de personnes qui ont une « vraie » fibre européenne et connaissent la machine européenne. Leurs propos méritent une attention d’autant plus qu’on les retrouve dans la bouche de nombre de personnes qui travaillent actuellement dans le système européen et d’autres responsables.

Aucune volonté comme d’habitude

« Les Européens ont démissionné. Cette démission concerne autant les crédits consacrés à la défense, en baisse constante, que l’absence de volonté de construire une politique européenne de sécurité. On évoque aujourd’hui la pénible mise en place d’une mission de formation au Mali. J’ai vécu la même chose, sur d’autres théâtres ! » explique ainsi l’ancien ministre français de la Défense, Hervé Morin. « On a retrouvé dans cette opération tous les travers des Européens : Mme Ashton est absente, comme d’habitude. Les Allemands refusent d’intervenir, comme d’habitude. Les Européens n’affichent aucune volonté, comme d’habitude ! »

L’Europe en retrait

« Il faut nous engager beaucoup plus. L’Europe est un peu en retrait. Il faut une impulsion politique beaucoup plus forte. » expliquait hier Franco Frattini. Pour, l’ancien ministre des Affaires étrangères de Berlusconi, et ancien commissaire européen à la Justice et Affaires intérieures, ce qui a manqué, jusqu’ici, c’est « Une force et un leadership européen. (…) Franchement, on parle depuis plusieurs années d’une défense européenne, d’avoir si nécessaire une coopération structurée entre un certain nombre de pays européens si tous les pays ne sont pas prêts à le faire. Malheureusement, on n’a pas bougé ! ».

Nb : cette position illustre une continuité dans l’action. L’Italie avait demandé à deux reprises à ce que la défense soit traitée au plus haut niveau, dans un sommet européen. Le sommet européen prévu pour fin 2013 est une bonne chose selon lui. Il ne le dit pas. Mais cela arrive un peu tard.

Au Mali, c’est l’exemple type de cette absence selon Franco Frattini. « J’aurais préféré une décision européenne avant les décisions prises au niveau national » pour l’aide logistique à l’opération française Serval. « Au moment où l’Europe décidait d’envoyer une mission de formation de l’armée malienne, l’UE aurait dû adopter une mission de support logistique. »

(Nicolas Gros-Verheyde)

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).