La situation en Syrie : un scandale humanitaire

(BRUXELLES2) Au rythme où cela va, la région va imploser non sous le poids des réfugiés… L’augmentation du nombre de personnes qui quittent la Syrie est rapide et s’accélère. « Il y a plus de 2000 personnes qui arrivent chaque jour au moins » s’alarme Johannes Luchner, le chef d’unité « Moyen-Orient » à l’Office européen d’aide humanitaire (ECHO) que B2 a pu interviewé. A ce train-là, le scénario catastrophe des 1,8 de personnes réfugiées risque d’être atteint à la fin de l’année. Et effectivement quand on regarde le graphique, on note une accélération très nette depuis quelques semaines.

Accueillir les réfugiés. La question est où

« Sera-t-il possible d’accueillir tout le monde ? » Rien n’est moins sûr… Officiellement, le Liban accueille ainsi déjà 225.000 réfugiés, la Jordanie 220.000 réfugiés, la Turquie près de 165.000 réfugiés et l’Irak 77.000 réfugiés. Environ 20.000 ont également trouvé asile soit en Egypte, soit en Afrique du Nord (*). A cela il faut ajouter les quelque 2 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays. Les organisations internationales apportent une aide à 1,5 millions d’habitants. Mais il faut se préparer à en aider 2,5 millions.

Les frontières des pays voisins se ferment

Cet accroissement des réfugiés cause une « fermeture progressive des frontières des pays voisins » précise l’expert d’ECHO. Coté jordanien, les accès sont déjà fermées aux Palestiniens. Coté turc, la situation varie. Mais la frontière est déjà à moitié fermée (les blessés sont encore accueillis mais pas les déplacés). Au Liban, elle reste ouverte. Mais jusqu’à quand.

Le problème d’accès à l’intérieur du pays : 560 lieux d’hostilités !

Actuellement, il est possible d’accéder aux zones rebelles en Syrie mais uniquement « via les zones contrôlées par le gouvernement », explique le responsable d’ECHO. En fait, par Damas. Ce qui pose d’importants problèmes, tant politiques qu’opérationnels aux organisations de secours. La sécurité n’est pas garantie sur le trajet. Il y a des hostilités recensées dans 560 endroits en Syrie. « Et cela bouge toute les semaines. (Dans ces conditions), trouver des chauffeurs qui acceptent de risquer leur peau, d’aller de Damas à Alep, n’est pas évident. » Côté rebelles, ces camions qui arrivent du côté gouvernemental sont considérés avec suspicion.

La ligne rouge de Damas : l’accès direct aux zones rebelles

Les ONG et les organismes dépendant de l’ONU demandent donc au gouvernement la possibilité d’accéder directement aux zones rebelles, contigues des frontières, par exemple en allant directement de la Turquie vers Alep (*). Mais pour l’instant, c’est une « ligne rouge » de Damas qui refuse. La pression internationale est donc nécessaire. Et au niveau européen, on compte sur une intervention des Russes ou des Chinois, et du Conseil de sécurité pour pouvoir obtenir ce laissez-passer.

Les grandes ONG et organisations de l’ONU ne veulent pas, en effet, entrer sur le territoire syrien sans un accord du gouvernement. Certaines ONG, plus petites, ou qui ont choisi leur camp le font directement. Mais « cela ne suffit pas ». Dans ce type de conflit, « il faut la grosse machinerie du PAM (le programme alimentaire mondial) et du CICR ».

L’aide européenne

L’Union européenne dans son intégralité a déjà fourni plus de 417 millions d’euros d’aide (partagé environ à part égale entre le budget communautaire (200 millions d’euros) et les Etats membres (217 millions d’euros). On se rapproche ainsi du demi milliard d’euros.

(*) L’Europe en accueille très peu et ne semble pas avoir l’intention de le faire. J’avais posé la question à la Commission européenne de savoir si la clause d’accueil humanitaire serait ouverte. La réponse avait été évasive… Les Etats membres ne sont pas chauds.