Y aura-t-il des Européens engagés aux cotés des Français au Mali ?

(BRUXELLES2) La question peut légitimement se poser aujourd’hui après les propos. Laurent Fabius, le ministre français des Affaires étrangères a eu une phrase sybilline aujourd’hui à Bruxelles. Il est « tout à fait possible que des pays européens décident d’apporter de la logistique. C’est déjà prévu. Mais aussi de mettre à disposition des soldats. On ne peut pas les forcer à le faire. Il y a des limites à la politique européenne de sécurité et défense. On peut le regretter. Mais c’est la situation actuelle. ». Une petite phrase qui a mis la puce à l’oreille de plusieurs journalistes. Et, effectivement, on peut se poser la question. Quelle est la nature des discussions effectivement en jeu ?

Pas de discussions coté européen

Coté européen, on ne veut pas s’engager outre mesure. L’Union européenne n’est actuellement engagée dans aucune « opération de vive force » nous a précisé un expert militaire, c’est-à-dire de forces qui seront en première ou en seconde ligne sur le terrain. Son action de formation a effectivement comme objectif de former les soldats maliens « au combat ». Et elle disposera également de ses propres forces de protection, mais uniquement pour protéger ses formateurs.

Engagement bilatéral

Des discussions bilatérales semblent cependant bien en cours. Car l’opération Serval peut durer. Certes – comme l’a rappelé Laurent Fabius, les Français n’ont pas « vocation à rester éternellement au Mali. C’est aux Africains de mener en première ligne cette action. » Mais on ne voit pas non plus l’action cesser immédiatement.

Quels moyens de combat pourraient être engagés ?

Dans cette hypothèse, plusieurs possibilités de soutien de pays européens peuvent être envisagés. Outre les avions de transport ou ravitailleurs, différents moyens de renseignement (drones, avions d’observation…) peuvent être mis en oeuvre. Des avions de combat pourraient aussi être engagés pour effectuer des frappes ciblées. Les Typhoon britanniques par exemple pourraient être mis à contribution. Comme les forces spéciales (s’il s’agit d’aller libérer des otages) ou d’entreprendre d’autres actions très discrètes. Un engagement qui aurait aussi pour vertu de démontrer politiquement la bonne entente Paris-Londres. Mais on pourrait retrouver aussi quelques pays qui avaient déjà été engagés dans l’opération en Libye (Danemark ou Belgique par exemple). Se poserait alors la structuration de tout cet engagement européen. Tant qu’il s’agit de moyens de transport, la coordination souple suffit.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).