Un groupe pirates déjoué près des côtes somaliennes. 12 suspects arrêtés (maj3)

(crédit : ministère français de la Défense)

(BRUXELLES2 exclusif) Les forces anti-pirates de l’Union européenne et de l’OTAN ont déjoué l’activité d’un groupe pirates qui sévissait dans les parages des côtes somaliennes, selon nos informations. Un navire marchand avait, en effet, été attaqué par un skiff pirates samedi (5 janvier) au large des côtes somaliennes, à environ 3° nord et 51° Est, à hauteur de Ceeldhere (région du Galguduud), entre Somalie et Seychelles. Six pirates étaient à bord du skiff, armés d’armes légères et d’un lance roquette type RPG. L’équipage du MSC Jasmine — un porte-container chypriote battant pavillon panaméen — s’est réfugié dans la citadelle. Et l’équipe de gardes privés à bord est entrée en action. Des échanges de coup de feu ont eu lieu, aucun personnel n’a été blessé à bord du navire (on ne sait pas encore si des pirates ont pu être blessés). Le navire a réussi à s’échapper poursuivant sa route vers Mombasa. Mais le signalement du skiff a été donné. Après alerte et repérage par l’avion de patrouille maritime, le skiff pirates ainsi que le bateau mère ont pu être arraisonnés.

Opération combinée air-mer, franco-américaine-allemande

(Maj) L’attaque a été confirmée tardivement par le QG de l’opération de l’UE « Atalanta ». Davantage de détails ont ainsi pu être donnés. C’est d’abord l’hélicoptère du navire américain USS Halyburton (FFG-40) de l’opération Ocean Shield, qui est intervenu. Il n’était distant que de 80 miles du lieu de l’attaque (se situant à 260 miles des côtes). Il a ainsi pu localiser le skiff suspect avec plusieurs hommes à bord : c’était le bateau mère. Une équipe américaine à bord d’un RHIB est donc intervenue pour les maintenir en état d’arrestation sur leur bateau. La frégate française Surcouf (F-711) – et son hélicoptère Lynx britannique – s’est rapprochée à grande vitesse. Elle venait de faire escale à Port-Victoria aux Seychelles jeudi. Elle a fait 200 miles en quelques heures arrivant au petit matin sur la zone permettant de prendre le relais.

Le travail important du P3 Orion

Comme le signale mon collègue Thomas Wiegold, de Augengeradeaus, un travail de repérage notable a été effectué par l’avion de patrouille maritime allemand P3 Orion. Pour l’équipe de la Bundeswehr, basée à Djibouti, c’était un jour de repos. Mais aussitôt l’alerte donnée, ils ont pris l’air. En moins de 3 heures et demie, l’avion était sur zone comme l’affirme non sans fierté le capitaine de corvette Daniel Wolfen, chef de la Task Force du P3 Orion allemand. Un temps remarquable compte tenu de tous les tests et checks list nécessaires avant tout vol en déploiement opérationnel raconte mon collègue allemand. La nuit était venue. Et c’est grâce à la caméra thermique, l’équipage de l’Orion a pu repérer, le bateau-mère, et guider à la radio l’équipage du Surcouf comme du Halyburton.

Douze suspects appréhendés

Les 12 suspects ont ainsi été appréhendés – dimanche – par les militaires français des équipages d’abordage en deux temps : tout d’abord les pirates du skiff (ils n’étaient plus que deux à bord), puis ceux du baleinier servant de bateau mère (ils étaient dix à bord). Ils ont été ramenés à bord pour plus d’investigation. « Les suspects sont actuellement interrogés pour recueillir des preuves en vue d’éventuelles poursuites judiciaires » indique-t-on ainsi au QG d’Atalanta à Northwood. Ils pourraient – si l’issue est positive – être remis aux autorités d’un pays proche — Seychelles par exemple —, si le procureur local estime les preuves suffisantes pour permettre les poursuites.

Le Surcouf vu de l’hélicoptère Lynx de la Navy britannique (Crédit : MOD ministère britannique de la Défense)

Interrogations multiples

On peut naturellement s’interroger pourquoi le navire américain n’a pas intercepté directement les pirates ? Une des explications est tout simplement la capacité plus large de poursuite des navires opérant sous pavillon européen. On peut aussi s’interroger sur le bilan des échanges de tirs côté pirates ? De ce côté aucune information. On peut surtout s’étonner du délai mis par les autorités tant d’Ocean Shield que de Eunavfor Atalanta à confirmer cet incident comme la nature de la réplique ? B2 a publié dès le 6 janvier au soir les premières informations sur cet incident. Nous avons immédiatement interrogé (dimanche) les deux QG. Aucune réponse n’est survenue. Il a fallu 48 heures pour avoir les confirmations officielles. Etonnant !

(Maj) Détails apportés sur les circonstances de l’attaque et la réplique des forces anti-pirates, le 8 janvier, rajouts de photos le 13 janvier

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).