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L’opération Serval au Mali déclenchée. Détail des forces engagées

(crédit : ministère français de la Défense)

(BRUXELLES2 à Paris) L’opération “Serval” de sécurisation du Mali, engagée par la France, comprend au moins quatre éléments d’action. Le premier élément est la présence de vecteurs de renseignement, importants, qui ont permis de suivre sur le terrain l’avancée des ‘groupes rebelles du nord’ (*). Le second élément est terrestre et une vocation directement opérationnelle. Il a été engagé très tôt. Le troisième élément est aérien (hélicos, avions) et consiste en des frappes aériennes ciblées (du type de celles pratiquées en Libye). Enfin, le quatrième élément est encore phase de montée en puissance, il s’agit, avec plusieurs compagnies de sécuriser Bamako, la capitale malienne. Sans oublier les éléments de commandement.

Ce sont ainsi, en fait, plusieurs milliers d’hommes (et femmes) qui sont mobilisés et en alerte à 2, 12 ou 24 heures en France, comme au Tchad, au Sénégal, au Gabon, au Burkina-Faso, en Côte d’Ivoire ou à Dibouti (dans la plupart des bases ou présences africaines). Ce n’est donc pas une “petite” opération.

Soutien aux forces maliennes au sol

« Très rapidement » – a précisé le Ministre – la France a envoyé une « première unité à Mopti / Sévaré pour soutenir l’Etat-major tactique et les unités combattantes maliennes. Elle avait pour mandat de soutenir d’emblée les opérations de l’armée malienne » explique le ministre. Cette unité semble ainsi être partie plus tôt que ce qui a été officiellement dit. Des avions de transport ont aussi atterri à Sédaré, faisant plusieurs rotations (6 en tout selon nos informations) amenant matériel et hommes. Ce qui confirme les informations publiées depuis hier par l’AFP.

Frappes aériennes

La situation devenant critique, l’utilisation des moyens aériens (hélicoptères, avions) a été autorisée, vendredi, par le président de la République. « Des frappes aériennes sont survenues cette nuit et ce matin sur plusieurs objectifs : des zones de pénétration et de concentration des terroristes » a confirmé le ministre.

Vendredi 16h. Des hélicoptères d’attaque sont engagés

Les premiers engagés ont été les hélicoptères Gazelle HOT et Gazelle 20mm du 4e régiment d’hélicoptères Forces Spéciales (4e RHFS). Vendredi (11 janvier), vers 16 heures ils sont entrés en action. Ils « ont d’abord ciblé une colonne d’éléments terroristes se dirigeant vers Mopti et Sévaré. Un raid mené en appui des armées maliennes, qui a permis la destruction de plusieurs unités (NB : 4 véhicules détruits) et stoppé leur progression vers la ville. La colonne d’éléments terroristes a dû se replier » explique Le Drian.

Nuit de Vendredi à Samedi. Frappes de Mirages

Des Mirage ont ensuite frappé, dans la nuit de vendredi à samedi. Selon nos informations, ont ainsi été engagés 4 Mirage 2000 D et 2 avions ravitailleurs type C135 (chacun assurant le ravitaillement d’une des patrouilles de Mirage, deux avions Atlantique 2 (l’un venant de Dakar, l’autre de métropole) chargé du renseignement, de l’observation et du guidage des cibles.

Autres moyens aériens en alerte

Au besoin, « d’autres moyens de chasse pourront être envoyés sur place, venant notamment de métropole ». Plusieurs bases aériennes (Mont de Marsan, Saint Dizier, Istres…) sont ainsi en alerte. Et il n’est pas exclu que des Rafale puissent être engagés. C’est la base de N’Djamena qui sert de point d’action. Le groupement air de la force Epervier comporte actuellement, selon l’Etat-Major des armées, deux Mirage F1 CR (reconnaissance), six Mirage 2000D (frappe), 3 ravitailleurs C-135 , 2 avions de transport (1 C130 et 1 Transall C160).

Premier bilan

Ces attaques ont été « menées par des éléments du dispositif Epervier Tchad, renforcé». Elles ont permis – selon un premier bilan dressé par les officiels – « de détruire des véhicules à Konna, ainsi qu’un PC et des moyens abrités dans des hangars dans la région de Konna ».

Coté français, on déplore la perte d’un homme tombé au cours de l’engagement. Un officier pilote — le lieutenant Damien Boiteux du 4e RHC (régiment des hélicoptères de combat) de Pau — a été touché « par un tir d’arme légère venant du sol » « Mortellement blessé, il a été évacué sur la structure médicale la plus proche (Nb : l’hôpital de Mopti), où il a succombé (NB : deux heures après). »

Sécurisation de Bamako

Plusieurs unités françaises ont « déployées dans la capitale malienne pour assurer la protection de Bamako et assurer la sécurité des ressortissants ». (…) Ce renforcement est en cours. » C’est un dispositif regroupant de plusieurs compagnies. « Il y a quelques centaines de soldats français engagés. » Environ 300 selon nos informations, qui ont pour objectif d’assurer le soutien à l’aéroport, un soutien médical arrière au besoin, et comprend au besoin des éléments de commandement et de communication (un officier de la DICOD a ainsi été déployé sur place).

Selon l’Etat-Major des armées, 200 militaires ont ainsi été “projetés” à Bamako par C130 et Transall, provenant du groupement terre de la force Epervier : des « marsouins » du 21e régiment d’infanterie marine de Fréjus (21e RIMa) et un peloton de légionnaires du 1er Régiment Étranger de Cavalerie d’Orange (1er REC). Ils vont être renforcées par une compagnie du 2e régiment d’infanterie de marine (2e RIMa) stationné à Auvours-Champagné (près du Mans) dans la journée de samedi (12 janvier).

Commandement de l’opération

L’opération “Serval” est pilotée depuis Paris au CPCO – le centre de conduite opérationnel de l’Etat-Major des armées. Quant au FHQ – le commandement tactique – il est (pour l’instant) situé dans un « autre pays africain » nous a précisé un officier.

(*) Ceci n’est pas une dénomination officielle mais la terminologie que B2 a choisi pour désigner l’ensemble des groupes rebelles, autonomistes, touaregs, islamistes, terroristes et autres. La terminologie officielle ‘terroristes’ me parait trop vague et rappeler l’époque ‘buchiste’ tout ce qui était un ‘ennemi’.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).