Les 27 réunis sur le Mali… jeudi ? Le vide sidéral de l’UE politique

(BRUXELLES2) C’est après un appel de Laurent Fabius, le ministre français des Affaires étrangères, que la Haute représentante (et vice présidente de la Commission) Cathy Ashton, a été convaincue de convoquer un Conseil des Affaires étrangères extraordinaire cette semaine pour « faire le point sur les possibles actions de l’UE en appui au Mali », comme l’indique un communiqué qui vient d’être diffusé à la presse. Celui-ci se déroulerait jeudi prochain, selon nos informations, provenant de plusieurs capitales. Soit après la réunion de la Chambre des communes qui devrait permettre de lever la réserve parlementaire britannique.

Accélérer le calendrier d’EUTM, débloquer les fonds pour la Misma et le Mali

L’objectif est ainsi d’acter un calendrier accéléré pour le déploiement de la mission EUTM ainsi que « l’assistance financière et logistique pour le déploiement de la Mission internationale de soutien au Mali (Misma) » tout comme « tout autre soutien direct au gouvernement malien pour l’aider à faire face à la situation actuelle ». Certains financements européens – au titre de la Facilité de Paix de l’Afrique comme de l’Instrument de Stabilité – doivent en effet être décidés.

Commentaire : un vide sidéral et sidérant

Aujourd’hui l’attentisme n’est plus de mise et ne doit plus l’être à Bruxelles. Alors que nombre de décisions sont en préparation, au niveau européen, l’institution politique qu’est l’Union européenne doit sortir de sa réserve politique et de cette impression d’un “vide” sidéral et sidérant.

Il parait ainsi totalement anormal alors qu’un de ses Etats membres – assisté de plusieurs autres – est engagée dans une opération militaire de première importance, dans un contexte où une bonne partie de la communauté internationale est d’accord (y compris certains pays comme l’Algérie au départ plus réticents sur une intervention française), alors qu’il y a un cadre international bien établi, on ressente une impression désagréable d’absence d’engagement de l’institution européenne.

Il est ainsi notable d’observer qu’aucune déclaration politique claire de la part de la Haute représentante ne soit venu commenter l’engagement français. Il est aussi remarquable de voir que la Haute représentante a choisi, encore une fois, l’absence. Alors qu’une réunion de la plate-forme de crise avait lieu ce lundi. Et que toute la presse attendait une déclaration, c’est juste par la voix d’un communiqué assez laconique que la réponse est venue.

Si on a nommé un Haut représentant, doté de pouvoirs plus élargis depuis le Traité de Lisbonne, ce n’est pas juste pour le plaisir d’avoir une institution de plus. Mais également et surtout pour avoir un peu de chair et d’os, un visage et une voix pour la politique étrangère européenne. Encore une fois (*), Catherine Ashton a loupé ce rendez-vous avec les Européens. C’est dommage…

Lire aussi : Réunion de la plateforme de crise sur le Mali

(*) Après Haiti, la Libye, la Tunisie, l’Egypte…

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).