Le Mali sonne l’alarme sur l’agenda des ambassadeurs européens (Maj2)

Un C-160 Transall au décollage sur un terrain africain – archives (© NGV / Bruxelles2)

(BRUXELLES2) La situation au Mali a fait irruption sur l’agenda des 27 ambassadeurs du COPS aujourd’hui alors que le pays sahélien connait une nouvelle crise, avec l’avancée des troupes rebelles et islamistes. Selon les informations reçues par B2, « aucune demande d’assistance militaire » n’a cependant été faite, pour l’instant, à l’Union européenne par le gouvernement malien, comme celui-ci a pu le faire pour la France (*). Mais l’UE reste en alerte sur la situation. Une réunion de crise réunit ainsi les principaux responsables concernés du service diplomatique européen (SEAE). Et, durant le week-end, le contact va être maintenu avec les principaux partenaires, notamment africains, précise un diplomate européen.

Accélérer le soutien au Mali

« Cette situation met en évidence la nécessité d’un engagement international renforcé et accéléré en faveur de la restauration de la stabilité et de l’autorité de l’État partout au Mali, en conformité avec la Résolution 2085 » a déclaré la Haute représentante Catherine Ashton dans un communiqué qui vient d’être publié. La préparation de la mission EUTM Mali n’est pas remise en cause. Au contraire. Cela avait déjà été affirmé récemment (lire : EUTM Mali : la planification continue plus que jamais). C’est répété désormais « L’Union européenne reste déterminée à soutenir les efforts internationaux visant à protéger un gouvernement démocratique, la primauté du droit et l’intégrité territoriale du Mali. Elle permettra d’accélérer les préparatifs en vue du déploiement d’une mission militaire au Mali pour fournir une formation et des conseils aux forces maliennes et il prend des mesures pour soutenir le déploiement rapide de la Mission africaine dirigée par le soutien international au Mali (Misma). » (Lire : Déblocage malien pour la mission européenne EUTM Mali).

La France aux avant-postes d’un soutien européen

Sur place, la situation a empiré jeudi avec la prise de Konna, à quelques dizaines de km au nord de Mopti. Signalons cependant que plusieurs rotations d’appareils militaires de transport, dont des C-160 (Transall) auraient eu lieu dans la ville de Sévaré, transportant du matériel et des hommes, selon l’AFP. Certains « avaient la peau blanche » selon un travailleur de l’aéroport de Sévaré. Et un responsable malien a confirmé à nos confrères l’arrivée d’avions d’un “pays européen”. Même si ce pays n’est pas nommé, il n’y a pas 36 pays qui ont des C160 alias Transall. On les compte même sur deux doigts (France, Allemagne) en Europe et deux autres ailleurs (Turquie, Afrique du Sud).

On peut en déduire que certaines forces françaises sont déjà à pied d’oeuvre dans le pays. Mais d’autres pays pourraient aussi prêter leur soutien : soit logistique (pour rapatrier les ressortissants nationaux ou européens en cas de problème), soit matériel, soit militaire. Rappelons que la coopération allemande était, d’ordinaire, assez active dans le pays. Il faudra, pour cela, cependant, un engagement fédéral, l’autorisation du Bundestag.

Une action dans le cadre des Nations-Unies

Jeudi, le président par intérim malien, Dioncounda Traoré, avait demandé « l’aide militaire » de la France. Lors de ses voeux au corps diplomatique, François Hollande, le président français, a précisé que la France répondra « strictement dans le cadre des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU » à cette demande. Une phrase très ambigüe qu’il ne faut pas interpréter comme une non-réponse. Car le cadre international posé par les deux résolutions 2071 et 2085 permet déjà une certaine latitude d’action. La résolution 2071 invite en effet « les États Membres (…) à prêter, dès que possible et de manière coordonnée, aux forces armées et aux forces de sécurité maliennes leur concours et leur savoir-faire (…) dans le but de rétablir l’autorité de l’État sur tout le territoire, de défendre l’unité et l’intégrité territoriale du Mali et de réduire la menace que représentent AQMI et les groupes qui lui sont affiliés ».

(Maj) François Hollande a confirmé vendredi soir avoir décidé de répondre à la demande du Mali que des forces françaises étaient actives au Mali « depuis l’après-midi » (ce qui confirme ainsi les informations diffusées par l’AFP et notre analyse) et qu’elles y resteraient le « temps nécessaire ».

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).