La Pologne apporte un soutien du bout d’une lèvre à l’action de la France au Mali

La carte des implantations des instituts polonais dans le monde – lors de la journée portes ouvertes au ministère des Affaires étrangères à Varsovie – montre la limite de la vision mondiale de la Pologne (crédit : MSZ Ministère polonais des Affaires étrangères)

(BRUXELLES2) Première fausse note européenne, venue de Varsovie. Dans un communiqué publié samedi (12 janvier), Marcin Bosacki, le porte-parole du ministère des affaires étrangères a exprimé sa « profonde préoccupation par rapport à l’escalade des opérations militaires, commencés par les groupes radicaux rebelles dans le nord Mali. Ces développements comportent le risque de continuer à déstabiliser la région toute entière » précise-t-il avant d’ajouter la position polonaise.

Coopération internationale plutôt qu’action militaire ?

« La Pologne défend une coopération internationale active pour restaurer la stabilité du Mali, en ligne avec la position exprimée par l’Union européenne et dans l’esprit des décisions prises par les Nations-Unies et l’Union africaine. » Il juge que « l’aide bilatérale de la France pour les autorités de Bamako aussi compréhensible ». Comprendre… Le soutien est bien faible !

Afin de faire bonne mesure, le porte-parole condamne ensuite « fermement les mesures prises par les groupes terroristes internationaux guidés par l’extrémisme religieux qui déstabilisent la région. » Et de conclure par un « appel aux autorités maliennes d’accélérer les travaux sur la feuille de route décrivant les étapes menant à la restauration de l’ordre constitutionnel dans ce pays ».

Première analyse : réserve conjoncturelle (le week-end) ou plus profonde

La Pologne marque ainsi une certaine réserve par rapport à l’action militaire de la France qui n’est pas sans rappeler la réserve allemande (mais aussi polonaise) lors de l’intervention de l’OTAN en Libye. Réserve qui n’est pas inopinée. On remarquera que la Pologne reste très floue depuis plusieurs mois sur son engagement concret dans l’opération européenne de formation de l’armée malienne (EUTM Mali).

Maintenant il faudra voir si cette position passera le week-end. Et si elle ne suscitera pas une correction du côté notamment du Premier ministre Donald Tusk. Il ne faut pas oublier que la Pologne est non seulement membre du triangle (à 5) de Weimar (ca détonne !) mais que d’autres négociations sont en jeu (cadre financier notamment, nominations futurs). Un couac « répété » pourrait ternir les bonnes relations entre Paris et Varsovie et se retourner à terme contre cette dernière. Paris étant dans cette opération soutenue par la plupart des « grands » pays européens (et les USA).

Il ne faut cependant pas nier une certaine méfiance, voire une certaine irritation, depuis plusieurs mois, des diplomaties de plusieurs pays européens envers l’avant-gardisme (pour ne pas dire l’aventurisme) de la France sur le Mali. Varsovie n’est pas, en l’occurrence, isolé. Certains diplomates estiment que l’engagement européen dans EUTM Mali ressort davantage d’une position due au passé de la France qu’à une réelle menace et s’y engagent à reculons…

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).