L’Europe sans réaction, la France toute seule… mmm. Faut pas exagérer

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(BRUXELLES2) Dire que l’Europe est restée sans réaction, face aux derniers évènements, est un tantinet inexact. Dire que la France est toute seule ; cela fait chaud au coeur de quelques patriotes. Mais ce n’est pas non tout à fait vrai.

Dès que l’opération française a été connue puis officialisée (*), les premières réunions de crises ont commencé à Bruxelles. Elles se sont succédées tout le week-end pour reprofiler la mission EUTM Mali et revoir le calendrier. Puis la cellule de crise s’est réunie à un niveau plus formel regroupant non pas seulement les éléments militaires et de planification de la gestion de crises mais également les autres départements – géographiques, développement, aide humanitaire… – afin d’examiner tous les autres aspects de l’accompagnement européen.

Pour en avoir été le témoin, à plusieurs étapes, le calendrier s’est réellement accéléré. Les lecteurs du Club de B2 ont pu s’en rendre compte. Entre la première version publiée, dans la nuit de dimanche et à lundi, et les éléments aujourd’hui connus, le calendrier se resserre. La réunion des ministres des Affaires étrangères, jeudi (17 janvier), est donc une étape importante à plusieurs titres.

Un acte politique

C’est tout d’abord un moment symbolique, politiquement important. Il s’agit de montrer que l’Europe toute entière est unie. Qu’elle est bien consciente de la gravité au Mali, qu’elle soutient le processus démocratique et politique en cours et qu’elle est également solidaire avec l’opération militaire française. Ce geste n’est pas que symbolique comme on le confirme du côté européen. A partir du moment où les mouvements rebelles, notamment radicaux, ont promis de s’en prendre aux Français en guise de représailles contre leur intervention, ce sont aussi un peu les Européens qui sont concernés. C’est aussi d’une certaine façon la première application de la « clause de solidarité » inclue dans le traité de Lisbonne et qui avait déjà été mis en oeuvre de façon anticipée avec le Royaume-Uni et l’Espagne lors des attentats terroristes de Madrid de mars 2004 et de Londres de juillet 2005.

Un acte « militaire »

C’est aussi le point de cadrage « politique » de mission militaire européenne de formation de l’armée malienne. Les « 27 » vont, en effet, approuver la décision qui donne le feu vert à EUTM Mali. Ce formalisme peut faire sourire ou ricaner certains. Mais pour avoir une mission déployée sur place, il faut un cadre juridique, un budget, un acte nommant le chef de mission. C’est tout simple. Mais obligatoire. Et, surtout, il faut l’assurance du gouvernement malien que les forces déployées bénéficieront de la possibilité de circuler dans le pays, de porter des armes, de déployer des moyens de communication et de détection, et de pouvoir pénétrer dans le pays sans formalités inutiles. Cette décision a aussi un impact directement comptable. Le chef de mission va pouvoir signer les premiers contrats, les premiers engagements de dépense. Tout doit pouvoir, en effet, tracé.

En marge de la réunion, ce sera aussi l’occasion pour plusieurs ministres de confirmer le soutien concret (logistique, médical, munitions…) qu’ils entendent apporter – de façon bilatérale – à la mission française « Serval » puis à la mission de la CEDEAO.

Un moment de décisions

Enfin, il y a toute une série d’autres décisions qu’il faut encore affiner, ou détailler. Notamment le soutien européen à la MISMA – la mission internationale sous conduite africaine déployée au Mali – de la CEDEAO. Un soutien qui va être financier au plan communautaire. Jusqu’où ? Sur quels aspects. Le budget n’est pas négligeable. Le soutien européen pourrait se monter à plusieurs dizaines de millions d’euros, afin de financer les salaires des soldats africains. Il s’agit aussi de définir le soutien que l’on apporte au gouvernement malien, soutien politique, financier, opérationnel, etc… Enfin, il s’agit de cadre l’action politique et humanitaire de l’Union européenne, avec sans doute un renforcement de l’aide humanitaire sur place comme la nomination d’un représentant spécial de l’Union européenne pour le Sahel.

Et ce n’est pas fini…

Ce n’est pas pour rien que sept ministres de l’Intérieur de l’Union européenne ont écrit à la présidence irlandaise pour mettre à l’ordre du jour de leur prochaine réunion le sujet de la lutte contre le terrorisme, et notamment du suivi des différents Européens qui partent faire le Djihad (la guerre sainte) au Mali mais aussi en Syrie ou ailleurs. De manière informelle – hasard des calendriers – les « 27 » ministres Justice et Intérieur se rencontrent d’ailleurs à Dublin ce jeudi et ce vendredi. Aucun doute que le sujet sera discuté et débattu.

Commentaire : politique, humanitaire, développement, militaire, financier, policier… l’engagement européen n’est donc pas à prendre à la légère. Ou alors on ne considère plus l’Europe comme une affaire politique, d’Etat et de droit. Pour employer un mot qui a souvent été utilisé à tort et à travers, nous avons parfaitement là l’illustration de la stratégie d' »approche globale » de l’Union européenne, défendue par C. Ashton. J’ajouterai du « savoir-faire européen », de son expérience tirée d’un passé parfois douloureux.